La journée avait assez mal commencé: d'abord, aux aurores, le zonzonnement caractéristique du moustique... on aime bien dormir les fenêtres ouvertes, les moustiques aussi aiment bien ça. Ici, ils sont pas du soir, ils sont du matin. Chasse au(x?) moustique(s), donc, vers 5 heures du mat. On les a eus, mais ils nous avaient eus avant.

Puis quelques minutes plus tard, autre bruit caractéristique, celui d'une pluie battante. Une vraie pluie, solide et abondante, pas la petite bruine assez habituelle qui fait rien qu'à nous faire rigoler maintenant qu'on est plus des bleus. Bon, voilà notre partie de campagne à l'eau, au sens propre. Faut dire que c'était férié, ce mardi 15 avril. Les jours fériés sont pas nombreux ici, faut les attraper au vol. Van, notre jeune amie vietnamienne, qui est en plus notre interprète, notre guide, notre conseillère et notre négociatrice dans les achats menus ou importants (pourquoi le kilo de mangues coûte-t-il deux fois moins cher quand je l'achète en compagnie de Van?), Van, donc, nous avait proposé pour la journée une promenade en bateau. On descendrait le Fleuve Rouge, on visiterait une ou deux pagodes, le village de la céramique, on mangerait sur le bateau, et surtout on profiterait de la campagne.

Sous la pluie, ça s'annonçait beaucoup moins drôle...

Je me lève, du pied gauche bien sûr, et je le pose sur le plancher en plein milieu d'une flaque d'eau! Les oreillers, la robe de chambre que j'ai la très mauvaise habitude de poser par terre ont servi de serpillière. On dirait que la fenêtre manque d'étanchéité... Le toit aussi, si j'en crois les gouttes qui me tombent dessus en passant dans le couloir. La pluie s'est arrêtée, heureusement. Un coup de fil au gars de l'agence: depuis que nous avons emménagé, nous avons eu plein de petits (?) ennuis, mais il ne nous a jamais laissés tomber, l'intervention nécessaire a généralement lieu dans la journée. A toute heure, et y compris le dimanche et les jours fériés, môssieu!

On allume la télé. Mais pourquoi j'ai un mec accro aux infos? Elles sont TOUJOURS mauvaises, et celles-ci ne font pas exception, j'entends le commentateur s'étonner du silence de Berlu. S'il s'étonne...j'ai compris, je veux pas en entendre plus.

Je ricane quand mon homme met dans le sac la crème solaire, les lunettes de soleil, les chapeaux de soleil. Faut pas rêver quand même, j'enveloppe le tout dans un sac plastique, avec les imperméables.

Là dessus, tous les coqs du quartier se mettent à claironner avec un bel ensemble: première bonne nouvelle, si les coqs chantent, on va avoir beau temps. Mais j'y crois pas encore vraiment. D'ailleurs, sur le boulevard, une immense nappe d'eau nous oblige à monter sur le trottoir, en risquant la culbute. Depuis qu'on est ici, j'ai la hantise de la chute à moto, alors, dans 40 centimètres d'eau boueuse, ce serait le pied. Mais non, on est passés. On arrive à l'embarcadère, en face de la Vietcombank dont la haute silhouette grenat et vert clair nous sert de point de repère depuis qu'on y a ouvert un compte.

Une foule joyeuse et nombreuse, très familiale et très vietnamienne arrive tranquillement. A l'entrée, l'accueil est prévu, comme toujours: « Moto-bike, moto-bike! », on nous indique le parking réservé aux motos, qui arrivent nombreuses. Si à Toulouse les mémés aiment la castagne, ici elles font de la moto. Sur le siège arrière, souvent, mais pas que.

Coup de fil de Van, elle arrive, elle est pas loin. Eh oui, je me suis mise au portable. En France, je faisais partie du petit village d'irréductibles gaulois qui résistent à l'envahisseur, ici, j'ai vite compris que c'était exclu: capitulation immédiate et sans conditions. La voilà donc, avec un copain français dont nous avons déjà fait connaissance. Son frère arrive un peu plus tard, lui aussi avec une amie.

Nous voici au complet.

Et vous savez quoi? On a passé une journée superbe. Mais finalement, une journée superbe, ça se raconte pas, ça se vit.