La formation continue des employés de nos préfectures préposés à l'accueil (?) des étrangers susceptibles de faire partie des 26000 élus annuels admis à profiter d'un voyage aérien gratuit laisse à désirer. De nombreux couacs fâcheux en font foi, et des incohérences étonnantes sont relevées tous les jours, générant un fameux gaspillage.



Faut dire à leur décharge, ces malheureux n'ont pas le temps d'assimiler le contenu d'une circulaire que celle-ci devient caduque. On les entend murmurer entre eux: "maintenant, on doit plus faire comme ça, on doit bla bla bla, je t'expliquerai". Ou bien reprocher aux "accueillis" de faire aujourd'hui ce qui leur a été demandé hier. Tout ça fait un peu désordre, et en plus ça coûte de l'argent, beaucoup d'argent à nous autres, bons français de souche et généreux contribuables.

La Préfecture des Hauts de Seine a tenté d'y remédier par une note de service claire et ferme.

Nous y apprenons que deux catégories d'étrangers sont, en ce moment, particulièrement intéressantes: ceux qui ont reçu "leur" OQTF depuis plus d'un mois (ils doivent sans doute bénéficier d'un délai pour rassembler leurs petites affaires, prendre leur billet et repartir citoyennement à leurs frais). Et ceux qui sont l'objet d'une APRF depuis moins d'un an. On imagine qu'au bout d'un an de cache-cache victorieux, ils ont droit à une pause (pouce!) pour respirer un brin. Mais ce n'est pas tout: ces heureux bénéficiaires potentiels doivent, en plus, avoir la naïveté le civisme de se présenter "de leur propre chef" en préfecture, munis d'un passeport en cours de validité.

L'employé préposé au tri au pré-accueil doit alors consulter le fichier AGEDREF pour vérifier que le poisson figure bien sur la liste des espèces autorisées. Ensuite, il lui faut respecter scrupuleusement l'ordre chronologique des opérations. D'abord, l'étranger "remet" son passeport au guichetier. Notez que, de même qu'il est venu de son propre chef, il remet son passeport sans que personne le lui demande. Hypnotisé, peut-être? Après ça, il est entreposé "invité à prendre place" dans la salle d'attente, pendant que l'agent "saisit le chef" de la section "éloignement".

Dernier conseil, très important lui aussi, l'arrestation l'interpellation doit avoir lieu en "cabine fermée". Insonorisée, j'espère?

Je ne sais pas si, depuis le début, vous notez la délicatesse du vocabulaire, sinon vous avez tort, car cette délicatesse est d'une importance primordiale. je dois faire un effort pour m'autoriser à être vulgaire dans ce contexte feutré. De la merde dans un bas de soie, c'est pourtant l'expression appropriée.

Reste un petit problème. Les étrangers assez naïfs pour se présenter en Préfecture sans convocation sont de moins en moins nombreux. Il faut maintenant les contraindre au volontariat. L'étranger qui présente une demande de régularisation n'a plus le droit d'envoyer son dossier par voie postale, il lui faut se présenter physiquement au guichet. S'il va au "pré-accueil", l'affaire est dans le sac, et lui dans la nasse.

S'il se présente directement au guichet régularisation, légère variante. L'employé de la Préfecture doit "se faire remettre" (ah, on est déjà plus ferme). les passeports des huit premiers candidats. Après, rebelote, consultation du fichier AGEDREF, appel de la section "éloignement", qui va coordonner les opérations. Pas de souci, ceux-là ont l'habitude. D'ailleurs, comme par hasard, le mot d'arrestation est enfin utilisé. Au diable les périphrases, on approche du but.

Je ne résiste pas à recopier in extenso la conclusion de cet écrit sordide, dont je souligne les mots importants au cas où ils vous échapperaient:

"Je vous rappelle que l'éloignement des étrangers en situation irrégulière est une mission prioritaire de notre service: nous avons dans ce domaine une obligation de résultat. Je vous demande donc d'appliquer avec un zèle particulier les instructions contenues dans la présente note, tout spécialement la consultation systématique et attentive du fichier AGEDREF"

Pimpon! pimpon! papon! papon!