Cultive ton jardin

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 8 mai 2008

Hospitalité Thai

On était quatre, le 7 mai, à parcourir en moto les environs de Dien Bien Phu. Eh oui, c'était l'anniversaire. On avait vu des monuments, des stèles, des tombes, des noms gravés, des reconstitutions de tranchées, des tanks, des canons. On avait besoin d'un peu de fraîcheur, dans les deux sens du terme. On cherchait la rivière (quelle rivière, au fait?), on est passés devant une maison sur pilotis, une de ces maisons bien caractéristiques de la région. Bois et bambou, murs et planchers à claire-voie, rafraîchies en permanence par la ciculation de l'air. Simplement un toit plus actuel, en tuiles. Il y en avait deux côte à côte.

Une dame était devant la seconde, le fameux chignon des femmes Thai Noirs sur la tête. Chignon particulier, réservé aux femmes mariées, complètement sur le dessus de la tête, et très gros, vu que les cheveux ne sont pas coupés depuis la naissance. Le chignon, enfermé dans un filet invisible, est ensuite entouré d'une chaînette d'argent terminée par une médaille qui viendra se placer à l'avant. Le chapeau conique, quand il est placé sur ce volumineux chignon, semble flotter au dessus de la tête, parfois un peu incliné, mais le casque de moto s'en accommode parfaitement.

On lui demande le chemin, elle nous propose de laisser les motos à l'ombre sous la maison, faut dire que le soleil cogne dur, et qu'on accepte avec plaisir. Puis, invités à entrer, on monte l'échelle, on marche avec précaution sur le plancher souple de bambou (solide, certes, mais ça fait quand même une drôle d'impression, ce sol qui bouge sous les pieds et le vide entre les tiges). On s'assied, on se voit offrir dans les traditionnelles et minuscules tasses à thé... de l'eau. Signe qui ne trompe pas, l'hospitalité est une obligation primordiale, mais la pauvreté ne permet pas d'offrir autre chose. La dame nous le confirmera plus tard, quand nous aurons un peu mieux fait connaissance, elle voudrait bien nous inviter à manger quelque chose, mais ils n'ont rien et c'est une honte pour elle.

Entre temps, nous faisons connaissance avec les enfants, les grands parents, le mari. Le vieil homme est âgé de plus de quatre-vingt dix ans, leur maison a "toujours" été là, mais bien sûr ce n'est pas la même, toutes les maisons du secteur ont été détruites à l'époque de la bataille. Celle-là, plus grande que l'ancienne, date de 1973. Les enfants, d'abord timides, s'enhardissent peu à peu, prennent plaisir à se faire photographier. Les femmes sortent leurs travaux de broderie: des sacs rouges, que nous avons déjà remarqués dans la rue au cou des écoliers, des écharpes noires, brodées de très vives couleurs aux deux extrémités. Au terme d'un montage compliqué qui fait revenir sur le front les deux parties brodées, elles servent de coiffes, surprenantes et élégantes, que nous avons déjà, elles aussi, repérées sur la tête des femmes qui parcourent les marchés.

Quelques achats, avec plaisir, puis nous allons chercher notre rivière, que nous trouvons au bout du petit chemin. Une idée se faufile dans la tête de l'un d'entre nous: on avait prévu de faire la cuisine à l'hôtel, pourquoi ne pas proposer de la faire plutôt ici, avec cette famille? C'est Van, notre précieuse Van, qui se charge de la démarche. C'est décidé, nous revenons demain pour manger avec eux. Entre temps, nous aurons fait tirer les photos sur papier, et fait quelques provisions de légumes, fruits et viande.

Le riz sera offert par nos hôtes.

vendredi 2 mai 2008

Pimpon! pimpon! papon! papon!

La formation continue des employés de nos préfectures préposés à l'accueil (?) des étrangers susceptibles de faire partie des 26000 élus annuels admis à profiter d'un voyage aérien gratuit laisse à désirer. De nombreux couacs fâcheux en font foi, et des incohérences étonnantes sont relevées tous les jours, générant un fameux gaspillage.



Faut dire à leur décharge, ces malheureux n'ont pas le temps d'assimiler le contenu d'une circulaire que celle-ci devient caduque. On les entend murmurer entre eux: "maintenant, on doit plus faire comme ça, on doit bla bla bla, je t'expliquerai". Ou bien reprocher aux "accueillis" de faire aujourd'hui ce qui leur a été demandé hier. Tout ça fait un peu désordre, et en plus ça coûte de l'argent, beaucoup d'argent à nous autres, bons français de souche et généreux contribuables.

La Préfecture des Hauts de Seine a tenté d'y remédier par une note de service claire et ferme.

Nous y apprenons que deux catégories d'étrangers sont, en ce moment, particulièrement intéressantes: ceux qui ont reçu "leur" OQTF depuis plus d'un mois (ils doivent sans doute bénéficier d'un délai pour rassembler leurs petites affaires, prendre leur billet et repartir citoyennement à leurs frais). Et ceux qui sont l'objet d'une APRF depuis moins d'un an. On imagine qu'au bout d'un an de cache-cache victorieux, ils ont droit à une pause (pouce!) pour respirer un brin. Mais ce n'est pas tout: ces heureux bénéficiaires potentiels doivent, en plus, avoir la naïveté le civisme de se présenter "de leur propre chef" en préfecture, munis d'un passeport en cours de validité.

L'employé préposé au tri au pré-accueil doit alors consulter le fichier AGEDREF pour vérifier que le poisson figure bien sur la liste des espèces autorisées. Ensuite, il lui faut respecter scrupuleusement l'ordre chronologique des opérations. D'abord, l'étranger "remet" son passeport au guichetier. Notez que, de même qu'il est venu de son propre chef, il remet son passeport sans que personne le lui demande. Hypnotisé, peut-être? Après ça, il est entreposé "invité à prendre place" dans la salle d'attente, pendant que l'agent "saisit le chef" de la section "éloignement".

Dernier conseil, très important lui aussi, l'arrestation l'interpellation doit avoir lieu en "cabine fermée". Insonorisée, j'espère?

Je ne sais pas si, depuis le début, vous notez la délicatesse du vocabulaire, sinon vous avez tort, car cette délicatesse est d'une importance primordiale. je dois faire un effort pour m'autoriser à être vulgaire dans ce contexte feutré. De la merde dans un bas de soie, c'est pourtant l'expression appropriée.

Reste un petit problème. Les étrangers assez naïfs pour se présenter en Préfecture sans convocation sont de moins en moins nombreux. Il faut maintenant les contraindre au volontariat. L'étranger qui présente une demande de régularisation n'a plus le droit d'envoyer son dossier par voie postale, il lui faut se présenter physiquement au guichet. S'il va au "pré-accueil", l'affaire est dans le sac, et lui dans la nasse.

S'il se présente directement au guichet régularisation, légère variante. L'employé de la Préfecture doit "se faire remettre" (ah, on est déjà plus ferme). les passeports des huit premiers candidats. Après, rebelote, consultation du fichier AGEDREF, appel de la section "éloignement", qui va coordonner les opérations. Pas de souci, ceux-là ont l'habitude. D'ailleurs, comme par hasard, le mot d'arrestation est enfin utilisé. Au diable les périphrases, on approche du but.

Je ne résiste pas à recopier in extenso la conclusion de cet écrit sordide, dont je souligne les mots importants au cas où ils vous échapperaient:

"Je vous rappelle que l'éloignement des étrangers en situation irrégulière est une mission prioritaire de notre service: nous avons dans ce domaine une obligation de résultat. Je vous demande donc d'appliquer avec un zèle particulier les instructions contenues dans la présente note, tout spécialement la consultation systématique et attentive du fichier AGEDREF"

Pimpon! pimpon! papon! papon!

samedi 26 avril 2008

Cours de cuisine, à vos fourneaux!

Je vous ai déjà parlé de Van, notre jeune amie vietnamienne. Nous avons toujours beaucoup de plaisir à la rencontrer et à bavarder avec elle, nous allons ensemble voir des films ou écouter des concerts à l'Espace Français. Elle nous est, de plus, très précieuse comme interprète et comme conseillère. C'est avec elle que nous avons acheté notre minimum vital de vaisselle, elle nous a conduit vers le bon marché, a déniché sur ce marché le stand de vaisselle typique, nous a trouvé la boutique pour les poêles à frire, le cuit-vapeur et tutti quanti, a négocié les prix pour nous, nous a aidés à ramener notre bazar en installant tout ça sur nos deux motos. Dans le lot, il y avait un porte-manteau, c'est elle qui s'en est chargée, trop acrobatique pour nous...

Grâce à elle, j'ai fait mes premiers pas en cuisine locale. Nous avions fait le marché ensemble (mais pourquoi diable les mangues que j'ai payées 40000 dongs le kilo ne coûtent avec elle que 15000?), elle avait obtenu de la marchande d'aubergines une recette sympa, pour laquelle elle m'avait aidée à trouver les ingrédients, j'étais toute fière le soir de cuisiner mon premier plat vietnamien. Ensuite, j'ai pas vraiment récidivé.

Il a fallu qu'elle vienne chez moi pour me donner l'audace de recommencer. Nous pensions manger au restaurant, mais elle me propose d'aller plutôt faire les courses, pourquoi pas? C'est l'occasion d'apprendre à faire les feuilles de chou farcies. Nous voilà parties sur sa moto. Elle discute un peu avec le gardien, pour savoir où trouver un marché, nous sommes dimanche après midi. D'abord, elle se perd un peu (ce n'est pas son quartier), puis on traverse le boulevard, mais là où on arrive toutes les boutiques sont fermées. Demi tour. Finalement voilà un assez important marché de rue.

Les vietnamiens font leurs courses sans descendre de moto, une performance! On marque l'arrêt devant la marchande de viande de porc, elle hésite entre deux morceaux, un plutôt maigre, l'autre assez entrelardé, elle choisit le maigre. La vendeuse le découpe grossièrement, puis le passe dans un hachoir à manivelle, un petit sac plastique vivement noué, 200 à 300 grammes, 35000 dongs, et voilà le travail. Pas cher pour moi, mais il paraît que le prix de la viande a doublé depuis le Têt (en deux mois), et ça pose un vrai problème aux vietnamiens qui n'en mangent déjà pas beaucoup.

Il nous faut un chou, le voilà. Elle cherche un poisson pour la soupe, ils sont bien vivants, dans des bassines pleines d'eau, c'est la meilleure garantie de fraîcheur. Mais ils sont tous très gros. Trop. Finalement nous renoncerons au poisson pour nous contenter d'une soupe de légumes et tofu. Un chou-rave, une christophine (su-su), deux tomates, des carottes il m'en reste, de l'ail (ce n'est pas de l'ail, il s'agit de tiges vertes tubulaires qui évoquent plutôt la ciboulette, ou de jeunes oignons n'ayant pas encore formé leur bulbe). On n'oublie pas le tofu. Il nous faudrait du poivre mais c'est un marché de produits frais, nous trouverons peut-être le poivre à l'épicerie en face de chez moi.

Et nous revoilà parties. Pas de poivre non plus à l'épicerie, le restaurant d'à côté nous dépanne: un minuscule sachet de plastique avec quelques grammes de poivre, et hop, retour vers la cuisine. .

Je manque un peu d'ustensiles, mais on se débrouille quand même. Elle fait le chef, et moi le marmiton. Christophe joue du piano. Ambiance.

Pétrir la viande hachée avec le sel, le poivre et une partie de l'ail-oignon-ciboulette (?) coupé très fin.

Dépiauter le chou, cuire les feuilles quelques minutes à l'eau bouillante, les passer ensuite à l'eau froide pour qu'elles soient souples tout en restant solides.

Envelopper dans chaque feuille de chou une cuillerée de viande pour faire de petits rouleaux (même principe que les nems).

Ranger soigneusement ces petits rouleaux dans le panier d'un cuit-vapeur. 30 minutes de cuisson.

C'est le moment de s'occuper de la soupe.

Avec tomate, christophine, chou-rave, carottes on fait des petits cubes que l'on fait revenir dans un peu d'huile avant d'ajouter l'eau. Les plaquettes de tofu sont coupées en petits rectangles, et frits dans un peu d'huile. On les rajoutera à la soupe au dernier moment, avec le reste des tiges de... ciboulette. J'ai tranché en faveur de la ciboulette, parce que c'est ce que vous trouverez le plus facilement en France, mais si vous venez d'éclaircir votre semis d'oignons, je pense que ça ira bien aussi.

On peut, pour parfaire le plat, faire dorer dans un peu d'huile les feuilles de choux farcies, mais ce n'est pas obligatoire.

A table, les enfants! En guise d'apéro, vin du Chili, pas mauvais, ma foi, n'en déplaise à Dupont-Lajoie.

C'est la fête. Tout d'un coup, Van ouvre de grands yeux, on a oublié le riz! Elle a oublié le riz!

A fréquenter des français, voilà ce qui arrive...

vendredi 25 avril 2008

Il pleut, il pleut bergère, débranche ton ordi

J'ai peur de vous lasser si je vous raconte notre troisième inondation. Mais comme je vous avais déjà pas raconté la première, je me laisse aller.

A flots, celle là, il pleuvait comme vache qui pisse. Qui n'a jamais vu pisser une vache? Parce que vraiment, ça vaut le détour. Non seulement les fenêtres sont pas étanches, ça ruisselait dessus, dessous, sur les côtés, mais...les murs non plus. Et encore moins le toit. De grosses auréoles venant de je ne sais où s'élargissaient un peu partout. Et même à retardement. La pluie était finie, mais des provisions faites sournoisement entre plancher du haut et plafond du bas continuaient à tomber sur les canapés.

Le gars de l'agence, arrivé bien vite, tâchait de faire bonne figure mais on voyait bien que le coeur n'y était pas. J'ai failli me laisser aller à le consoler, je deviens zen dans ce pays où personne s'énerve (presque) jamais. J'ai appelé à la rescousse tout ce qui me reste de méchanceté, et je lui ai fait remarquer que si j'avais pas été là pour débrancher l'ordi, pouf, plus d'ordi. Et peut-être même plus de moi si j'avais touché à la prise un peu plus tard et les pieds dans la flotte.

Faut absolument que je m'achète un seau, et que je fasse provision de serpillières. L'absence de tout ce matériel m'a confirmé ce que je craignais, la dame chargée du ménage achète elle-même ses outils et ses produits, donc elle les emmène en s'en allant. Pasque j'ai oublié de vous dire, on a pas seulement un gardien mais aussi une femme de ménage. Les deux sont... compris dans la location en quelque sorte. Et sur un salaire de femme de ménage vietnamienne, l'achat des produits, ça doit faire un joli petit trou!

mardi 22 avril 2008

Des petites dents pointues

Petite surprise hier matin: la mangue oubliée près de la fenêtre a reçu une visite nocturne. De petits copeaux verts de la forme et de la taille d'une rognure d'ongle sont proprement entassés à côté, et quelques centimètres-cubes de chair orange ont été prélevés tout aussi proprement. Le trace des petites dents pointues y est bien visible.

Fermer les fenêtres? Ah non, entre chaleur et humidité, c'est vraiment pas le bon plan. Mais, bien sûr, ranger tout ce qui craint. Seulement, je suis une exécrable ménagère. Et puis, un je ne sais quoi me dit que...Bref, la mangue est restée à sa place, et ce matin, l'entaille s'est légèrement approfondie.

Mon homme n'est pas très content (bon, lui non plus, il a pas jugé utile d'enlever la mangue, hein). Il craint la prolifération. N'a peut-être pas tout à fait tort, mais je lui raconte l'histoire du servant.

Vous connaissez pas le "servant"? Au Vietnam, ils ont des génies de la maison, qui la protègent et veillent sur le destin de ses habitants. On lui met quelques offrandes, des fruits par exemple, qu'on renouvelle régulièrement (et qu'on mange, bien sûr, ici rien ne se perd). Chez nous? Superstition!

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Par exemple, dans les villages de la haute vallée du massif du Mont Blanc, autrefois, chaque maison avait son servant. Il ne fallait pas oublier, le soir, de lui laisser une petite assiette avec quelque nourriture, qu'il venait manger dans la nuit. En échange, il veillait sur la maison et ses habitants, tout comme ici.

Dans un chalet de montagne, au dessus de Saint Gervais, un vieil homme et son domestique, presque un enfant, vivaient loin de tout. Le jeune homme ne manquait jamais, le soir, de laisser l'assiette du servant. Mais un soir d'hiver le vieux mourut, son neveu hérita.

Le neveu était un homme dur et avare, qui mettait tout sous clé, et le pauvre domestique sentit bientôt la faim. D'autant plus qu'il devait maintenant travailler comme quatre. Il complétait sa maigre pitance avec quelques cueillettes sauvages. Le soir, il tombait de fatigue mais n'oubliait pas pour autant l'assiette du servant, qu'il prenait sur sa part et déposait discrètement après que son maître soit allé se coucher. Pourtant, celui-ci s'en aperçut, et demanda des comptes. Au mot de « servant », il ricana, fariboles, billevesées. Superstitions. Et surveilla de si près son aide que celui ci, désolé, dut renoncer à son rituel.

Le printemps passe, l'été s'installe, c'est la saison des foins: du travail plus que jamais, sous un soleil terrible cette année là. Quand enfin il se couche, le jeune homme dort comme une masse. Une nuit de juillet pourtant, il est réveillé par de tout petits cris suraigus et insistants. Dans le rayon de lune qui passe par les fentes de la porte, une minuscule bestiole, debout sur ses pattes de derrière, agite fébrilement celles de devant. Il se lève, encore bien englué de sommeil, la bestiole passe vivement sous la porte, puis revient, s'agite à nouveau, repasse sous la porte. Intrigué, il ouvre et sort. La nuit est tranquille et claire, la bestiole s'engage à toute allure sur un chemin de traverse. Puis s'arrête, revient, s'agite encore en poussant des petits cris.

Ma foi, il ne sait pas trop pourquoi, mais l'instinct prend le dessus, il se met lui aussi à cavaler sur le chemin sans se retourner.

Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892, la rupture d'une poche d'eau sous-glaciaire a entraîné l'effondrement du glacier de Tête Rousse, libérant 200 000 m3 d'eau, 90 000 m3 de glace, arrachant sur son passage des centaines de milliers de m3 de boue et de rochers qui se sont étalés jusqu'à 600 mètres d'altitude, faisant 175 victimes. Depuis, les glaciers du Mont Blanc sont sous surveillance.

Faut que je l'avoue, maintenant, j'ai piqué cette histoire à Samivel . Si vous ne connaissez pas, précipitez-vous sur ses « Contes à pic », « Contes des brillantes montagnes » pour ne citer que mes préférés, sur ses dessins humoristiques et poétiques, sur toute son oeuvre.''

samedi 19 avril 2008

Une étrange visite

C'est dimanche après midi. Nous attendons la visite de Van, notre amie vietnamienne. On frappe à la porte, je crois que c'est elle, mais non, c'est le jeune gardien de l'immeuble que je vois entrer.

Ben oui, nous avons un gardien. Chaque fois que nous entrons ou sortons, il se précipite pour nous ouvrir la porte. Un peu gênés au début, nous avons finalement renoncé à le gagner de vitesse. Il décadenasse la grille, ouvre les deux battants, place le machin en bois qui évite de se casser les reins en soulevant la moto pour monter le trottoir, le range ensuite, garde nos casques, et veille au grain. Ce n'est pas toujours le même (heureusement pour lui), mais c'est lui qui est le plus souvent présent. Celui là, il apprend l'anglais pendant ses longues heures d'ennui. Nous lui avons montré en riant nos tout récents cahiers de vietnamien.

Aujourd'hui, il est accompagné de plusieurs personnes et d'un enfant. Silence embarrassé, mon vietnamien est aussi sommaire que son français. C'est seulement lorsque l'une des jeunes femmes me demande d'une toute petite voix « Vous êtes médecin? » que je reconnais la fillette qui les accompagne. Elle a déjà attiré mon attention par son regard qui semble flotter et son comportement hésitant. Cette enfant a "quelque chose", je n'osais pas trop la regarder, sachant comme sont douloureux ces regards appuyés sur les enfants porteurs de handicap. Mais c'est bien elle, et je reconnais du même coup ses parents, le jeune couple qui tient le restaurant où nous allons souvent manger le soir. Je ne connais pas par contre la jeune femme qui les accompagne, elle est sans doute là parce qu'elle parle un peu français.

Je les fais asseoir et j'appelle mon conjoint. En attendant je prépare du thé. Je me suis procuré la petite théière, avec ses minuscules tasses sans anses, qu'on voit partout, avec des formes et des décorations très variées. Et une amie à qui je me plaignais de ce "Lipton" qu'on propose systématiquement aux étrangers m'a fait cadeau d'un sac d'excellent thé, dont les feuilles entières se déploient dans l'eau, délicatement parfumé au jasmin. Bien pratique, le thé, quand on sait pas quoi dire. La fillette descend des genoux de son père, va vers le piano, bras tendus en avant, appuie sur les touches, sourit. Les parents sont attentifs, ont fait un geste pour la retenir, mais voyant que je suis d'accord la laissent faire.

Voilà le « bac sy », le médecin (il faut faire chanter l'accent sur le y qui doit monter d'abord, descendre ensuite, euh c'est pas le contraire?). Le dialogue s'engage, un peu compliqué. Quel âge a-t-elle? Six mois? Impossible, cette fillette a au mois deux ou trois ans. Six ans, ça ne va pas non plus, et d'ailleurs cette proposition est accueillie par une vigoureuse dénégation. Notre amie Van, qui arrive à ce moment là est accueillie en sauveur. Elle va pouvoir faire l'interprète.

Petit à petit, nous comprenons l'histoire, triste, de l'enfant. Le geste de la maman (la main qui s'agite devant les yeux) nous a déjà fait comprendre qu'elle a un problème de vue. Six mois, c'est l'âge de la grossesse au moment de l'accouchement, elle est née prématurée, 1400 grammes, a passé 28 jours en hospitalisation néonatale, aurait dû être opérée (de quoi?) pour son problème de vue, mais la machine (quelle machine?) était en panne. Les parents voulaient l'emmener à Saigon, mais à ce moment là des typhons empêchaient les avions de décoller. Une semaine après, il était semble-t-il trop tard.

Le fait d'avoir repéré l'existence d'un médecin dans la maison d'en face les a sans doute remobilisés alors qu'ils s'étaient résignés. Mais que faire, comment les aider? Dans un premier temps, C. sollicite les conseils du pédiatre de garde à l'hôpital où il travaille, qui propose un rendez-vous le lendemain. Les parents de l'enfant semblent très heureux et nous quittent en remerciant. Mais C. n'est pas vraiment satisfait, un coup de fil en France, quelques recherches sur internet lui permettent de mieux comprendre. C'est plutôt un rendez-vous avec un ophtalmologiste qu'il leur faut, et d'ailleurs il est probable que l'on ne pourra pas faire grand chose. Mais quand même il faut essayer. Nouveau coup de fil à l'hôpital. Une ophtalmo qui connaît ce problème y sera présente la semaine prochaine, c'est elle qu'il faut contacter. En fin de soirée, C. descendra avec Van pour expliquer aux parents la modification.

La marge est étroite: ne pas les désespérer... ne pas leur donner non plus de faux espoirs...

La maison d'à côté

Hanoi est un immense chantier. Partout, de nouvelles constructions, partout des briques entreposées, des bâches de couverture, une activité permanente. Pour construire à Hanoi, pas besoin d'une très grande surface. Les maisons sont à touche-touche, une largeur de trois mètres sur la rue est classique, la maison peut alors être plus ou moins longue, plus ou moins haute. Une longueur de dix mètres n'est pas exceptionnelle, mais on peut aussi se contenter de beaucoup moins. Les hauteurs sont très variables, de deux niveaux à six ou sept, mais elles ont tendance à s'accroître sous la pression immobilière qui est ici énorme.

Aussi avons-nous été très attentifs, lors de la location de notre appartement, aux maisons environnantes: tout est construit autour de nous, à priori nous étions protégés contre les nuisances d'un éventuel chantier.

A priori.

Mardi soir, en rentrant de notre superbe journée sur le Fleuve Rouge, nous avons retrouvé notre allée pleine de gravats et de blocs de pierre: le café voisin était enveloppé de bâches tricolores de très mauvais augure et il avait commencé sa mue. Coups de masse pour faire tomber les briques, marteaux piqueurs contre le béton. Les bâches protégeaient très vaguement les voisins et le trottoir des chutes de pierre et de l'invasion de la poussière. On pensait que tout allait s'arrêter à la tombée de la nuit, mais quand on les a vus allumer les projecteurs on a compris que c'était pas gagné.

Il fallait en effet déblayer les gravats, et les gros camions circulent généralement de nuit. Les ouvriers, en bas, étaient cinq ou six. Un ou deux remplissaient les seaux, celui qui les transportait rajoutait deux ou trois gros blocs avant que le collègue l'aide à mettre le seau sur l'épaule, et rebelote, remplissage à la pelle avec les petits gravats, rajout de quelques gros blocs pour faire bon poids, transport à dos d'homme vers le camion. Ce qui faisait vraiment du bruit, c'était la chute des matériaux dans le camion. La première fois j'ai eu peur, j'ai cru à une chute de pierre accidentelle. Sur notre moto, peut-être? Mais non, tout se passait bien et d'ailleurs à mesure que le camion se remplissait le bruit résonnait moins.

Trois jours après, place nette. Il ne reste que les piliers de la devanture et la grille extérieure. Une nouvelle maison va remplacer l'ancienne. Rien de surprenant, l'appartement que nous habitons était lui-même une terrasse (les balustrades en sont encore visibles), et l'étage des chambres a été rajouté en plus.

Plusieurs fois par jour, nous nous penchons rêveusement, de notre balcon, vers le minuscule espace libéré, prenant mentalement des mesures. Quatre niveaux, nous a-t-on dit. C'est moins que quatre étages, ils comptent le rez de chaussée comme un « niveau ». On est au cinquième et sixième niveaux, mais les fenêtres des étages inférieurs, déjà peu nombreuses, vont désormais s'ouvrir sur une cour (un puits) de moins de 2 mètres carrés. Et nous, on pourra faire la causette avec les voisins depuis notre balcon.

Ainsi, d'étages en étages, Hanoi accroît sa hauteur moyenne. Et rentabilise ses mètres carrés.

jeudi 17 avril 2008

Une journée superbe

La journée avait assez mal commencé: d'abord, aux aurores, le zonzonnement caractéristique du moustique... on aime bien dormir les fenêtres ouvertes, les moustiques aussi aiment bien ça. Ici, ils sont pas du soir, ils sont du matin. Chasse au(x?) moustique(s), donc, vers 5 heures du mat. On les a eus, mais ils nous avaient eus avant.

Puis quelques minutes plus tard, autre bruit caractéristique, celui d'une pluie battante. Une vraie pluie, solide et abondante, pas la petite bruine assez habituelle qui fait rien qu'à nous faire rigoler maintenant qu'on est plus des bleus. Bon, voilà notre partie de campagne à l'eau, au sens propre. Faut dire que c'était férié, ce mardi 15 avril. Les jours fériés sont pas nombreux ici, faut les attraper au vol. Van, notre jeune amie vietnamienne, qui est en plus notre interprète, notre guide, notre conseillère et notre négociatrice dans les achats menus ou importants (pourquoi le kilo de mangues coûte-t-il deux fois moins cher quand je l'achète en compagnie de Van?), Van, donc, nous avait proposé pour la journée une promenade en bateau. On descendrait le Fleuve Rouge, on visiterait une ou deux pagodes, le village de la céramique, on mangerait sur le bateau, et surtout on profiterait de la campagne.

Sous la pluie, ça s'annonçait beaucoup moins drôle...

Je me lève, du pied gauche bien sûr, et je le pose sur le plancher en plein milieu d'une flaque d'eau! Les oreillers, la robe de chambre que j'ai la très mauvaise habitude de poser par terre ont servi de serpillière. On dirait que la fenêtre manque d'étanchéité... Le toit aussi, si j'en crois les gouttes qui me tombent dessus en passant dans le couloir. La pluie s'est arrêtée, heureusement. Un coup de fil au gars de l'agence: depuis que nous avons emménagé, nous avons eu plein de petits (?) ennuis, mais il ne nous a jamais laissés tomber, l'intervention nécessaire a généralement lieu dans la journée. A toute heure, et y compris le dimanche et les jours fériés, môssieu!

On allume la télé. Mais pourquoi j'ai un mec accro aux infos? Elles sont TOUJOURS mauvaises, et celles-ci ne font pas exception, j'entends le commentateur s'étonner du silence de Berlu. S'il s'étonne...j'ai compris, je veux pas en entendre plus.

Je ricane quand mon homme met dans le sac la crème solaire, les lunettes de soleil, les chapeaux de soleil. Faut pas rêver quand même, j'enveloppe le tout dans un sac plastique, avec les imperméables.

Là dessus, tous les coqs du quartier se mettent à claironner avec un bel ensemble: première bonne nouvelle, si les coqs chantent, on va avoir beau temps. Mais j'y crois pas encore vraiment. D'ailleurs, sur le boulevard, une immense nappe d'eau nous oblige à monter sur le trottoir, en risquant la culbute. Depuis qu'on est ici, j'ai la hantise de la chute à moto, alors, dans 40 centimètres d'eau boueuse, ce serait le pied. Mais non, on est passés. On arrive à l'embarcadère, en face de la Vietcombank dont la haute silhouette grenat et vert clair nous sert de point de repère depuis qu'on y a ouvert un compte.

Une foule joyeuse et nombreuse, très familiale et très vietnamienne arrive tranquillement. A l'entrée, l'accueil est prévu, comme toujours: « Moto-bike, moto-bike! », on nous indique le parking réservé aux motos, qui arrivent nombreuses. Si à Toulouse les mémés aiment la castagne, ici elles font de la moto. Sur le siège arrière, souvent, mais pas que.

Coup de fil de Van, elle arrive, elle est pas loin. Eh oui, je me suis mise au portable. En France, je faisais partie du petit village d'irréductibles gaulois qui résistent à l'envahisseur, ici, j'ai vite compris que c'était exclu: capitulation immédiate et sans conditions. La voilà donc, avec un copain français dont nous avons déjà fait connaissance. Son frère arrive un peu plus tard, lui aussi avec une amie.

Nous voici au complet.

Et vous savez quoi? On a passé une journée superbe. Mais finalement, une journée superbe, ça se raconte pas, ça se vit.

dimanche 16 mars 2008

Le tour du lac à la nuit tombée

Il faut que je fasse quelque chose, tout le monde continue à me consoler alors que le moral est remonté très vite après mon dernier texte. L'overdose de kivoussavé a cessé: il a dû se calmer un peu, et ses tristes fantaisies ne passent plus le mur du çon, je veux dire les infos sur TV5 Monde.

On a enfin trouvé un appartement. Plus loin du centre qu'on n'aurait souhaité, mais dans un quartier populaire, un peu bruyant, mais d'un bruit vivant, chaleureux: murmures de voix quand les restos se remplissent, chants d'oiseaux en cage ou en liberté, clairon du coq aux aurores. Comme il est sur une presqu'île, les grands axes de circulation nous évitent, nous épargnant l'obsédante musique des klaxons. Il est tout en haut d'une maison vietnamienne rénovée de frais, (de très frais, la cloison de la salle de bains prend l'eau!) avec des fenêtres sur les quatre côtés, clair et même carrément lumineux avec des stores jaune poussin qui imitent à merveille le soleil aux abonnés absents: quatre jours en un mois et demi... Vue sur l'incroyable désordre des toits, un petit square, la pagode du coin de la rue, et le lac en arrière plan. Pas mal de verdure, même si tous les arbres n'ont pas encore retrouvé leur feuillage.

On s'habitue, on s'imprègne. Hier soir, en faisant le tour du petit lac, on s'est dit tout d'un coup: « on n'entend plus les klaxons ». Et on s'est mis à les entendre, preuve qu'ils étaient toujours là.

Le tour du petit lac (car il y en a un très grand juste séparé du nôtre par une digue), c'est environ une heure de promenade tranquille. Au bord du lac, de très jolies tables basses, très basses, environ 20 cm de haut, posées sur des nattes, attendent les clients. Les mêmes tables, en face, devant les restos. Très vite, ça se remplit, des familles avec enfants, des jeunes en groupe, c'est la sortie du samedi soir. Les petits restos se succèdent, assez semblables, tout le long du quai. Comme on a déjà mangé, on testera une autre fois. Dommage, mes habitudes occidentales et surtout mes vieux os s'accommodent mal de la position accroupie qui est si naturelle aux gens d'ici, j'ai beaucoup de mal à me déplier en fin de repas.

Nous voici sur la digue. La circulation motorisée se fait dense, les klaxons aussi. Les restaurants sont plus grands, moins nombreux, moins populaires, tables hautes, terrasses au bord du lac, ou carrément sur un ponton, plantes en pot, plantes grimpantes, ce doit être sympa également le jour. Nous traversons en douce, par l'arrière, un immense restaurant de plein air qu'on nous a recommandé, encore un à tester. La sortie sur l'avenue se fait par un beau portail en fer forgé. Des grilles ouvragées, de plus simples, des tout à fait banales (genre grilles en accordéon qui fermaient chez nous les boutiques des années 50), on en rencontre à chaque pas ici.

En face, un bâtiment illuminé comme un arbre de noël par des guirlandes qui suivent les lignes de la toiture: c'est en fait un très gros bateau, amarré au quai et transformé en restaurant haut de gamme. Celui là ne nous a pas été recommandé: trop cher, moins bon?

Nous voici de l'autre côté du lac. Un petit jardin suit toute la berge. Avec des bancs publics, et des amoureux qui s'y bécotent. Brassens était-il passé à Hanoi? Il y a des pédalos, sur le lac, qui font semblant d'être des cygnes. Des amoureux s'y bécotent sans doute aussi (ou plus si affinités?) y trouvant avec la nuit une intimité inespérée...

De retour sur notre presqu'île, nous faisons un détour par la pagode. Une photo sur Google Earth nous intrigue: où ont-ils photographié cette pelouse verdoyante, presque fluo? De nos fenêtres, on peut y admirer un arbre magnifique, mais on ne voit pas bien où pourrait se nicher la pelouse. On zieute par derrière, à travers la porte à claire-voie, on distingue une cour, mais elle est pavée, avec des plantes en pot, un arbre plus modeste que celui de devant, et pas la moindre trace de gazon. Sur le côté, une maison tout à fait ordinaire semble comme incrustée dans les bâtiments de la pagode, qui recommencent après, à peine dérangés par cette interruption. C'est pas vrai, ya même pas de gazon!

Google Earth, c'est des tricheurs!

jeudi 28 février 2008

Douce France

Je suis en petite forme, les amis, victime du blues de la déracinée. D'abord, il pleut. J'ai jamais aimé la pluie, mais quand je suis « chez moi », je me dis qu'elle arrose le jardin et refait le niveau de la nappe phréatique qui alimente la source. Et j'allume un beau feu dans la cheminée. Là, je suis pas chez moi. Depuis un mois, trois jours de soleil, un de pluie, et tout le reste de grisaille.

Ensuite, notre recherche de logement tourne en rond, trop loin ou trop bruyant, trop clean ou plutôt merdique, très cher toujours, pas disponible avant un mois, bref je me sens un peu à l'étroit dans ma petite chambre aussi sympathique soit-elle, et je ne parviens pas à me sentir « chez moi » dans les apparts que nous visitons.

Enfin, les infos venant de France nous arrivaient comme atténuées par la distance. Or, depuis quelques jours, déferle sur les écrans de TV5 Monde l'actualité française la plus honteuse et la plus nauséabonde qui soit. Accompagnée de commentaires perplexes ou goguenards, quand ce sont les infos canadiennes ou suisses, et de laborieuses justifications (modernité, spontanéité, virilité, et j'en passe) quand les infos viennent de France.

Le pire est pourtant ailleurs:

Le silence presque total sur une loi scélérate. Qui vise, théoriquement, les criminels susceptibles de récidiver. C'est déjà bien grave, enfermer quelqu'un pour ce qu'il est susceptible de faire.

Le Conseil Constitutionnel, qui devrait se lever comme un seul homme, se contente d'ergoter sur la question de la rétroactivité. Il a raison, c'est également très grave, de vouloir rendre une loi rétroactive. Mais en se centrant sur cet aspect là, il laisse passer le reste, et se donne, à bon compte une allure de résistant. Molle, la résistance, même sur la rétroactivité: "non, mais oui, dans le cas où... seulement si... "

Bref, la loi est entérinée dans son aspect le plus scandaleux. La seule réaction qui est à la hauteur de ce bouleversement de notre conception de la justice est celle de Robert Badinter:

« C’est un tournant très grave de notre droit. Les fondements de notre justice sont atteints. Que devient la présomption d’innocence, quand on est le présumé coupable potentiel d’un crime virtuel ?"

Jusqu'à ces derniers mois, je ne croyais pas que le fait d'être française fût un élément majeur de mon identité. Face à tout ce qui se passe depuis des années dans notre beau pays, les gens qui meurent sur les trottoirs, les lois scélérates entérinant la prison arbitraire pour les fous qu'on ne se donne pas les moyens de soigner, la stigmatisation de la jeunesse pauvre, l'indignité des centres de rétention pour étrangers, enfants et adultes mêlés, cet accablement, ce sentiment d'impuissance, il me faut bien maintenant le reconnaître pour ce qu'il est, profondément: une perte d'identité.

« La France trahit par là une part non codifiable de son identité, un des aspects fondamentaux, l'autre en est le colonialisme, de son rapport au monde: l'exaltation de la liberté pour tous ».

C'est écrit dans un tout petit livre, d'Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, ça s'intitule « Quand les murs tombent »

vendredi 15 février 2008

Première sortie en bus, toute seule comme une grande, et je me suis presque pas perdue.

Bon, rien d'original, un bus à Hanoi, ça ressemble terriblement aux bus de chez nous, hein! Je suis à un arrêt où il en passe plein, de tous les numéros, mais j'en vois passer plusieurs de chaque numéro avant de voir arriver le mien: normal. Il s'arrête, il est bondé, normal. Tiens, on rentre par la porte du milieu, pourquoi pas. Le bus repart, porte ouverte, alors que j'ai à peine fini de monter, heu... on va pas s'inquiéter pour si peu, faut juste bourrer un peu pour pas que la porte se referme sur mes chevilles.

Me voilà dedans. On paie où et comment? T'inquiète pas, m'avait dit Huong la veille, quand il s'agit de demander de l'argent, au Vietnam... Effectivement, un jeune vietnamien arrive, reconnaissable à deux détails, le carnet à souche et l'épaisse liasse de billets. 3000 Dongs, 15 centimes. Il prend l'argent et me donne le ticket avec la monnaie. J'essaie de suivre le trajet comme je peux, c'est assez facile pour les rues un peu longues. Il n'y a pas toujours les plaques au coin des rues, mais les boutiques ont l'habitude d'indiquer leur adresse complète et pas seulement le numéro. Quand on repère le même nom plusieurs fois sur des boutiques successives, on est à peu près sûr que c'est le nom de la rue.

Puis, je perds le fil. Le bus s'est engagé dans un quartier très animé, les rues sont trop courtes, j'ai pas le temps de lire, et d'ailleurs je me souviens plus du trajet, il a pas l'air de correspondre à ma carte... catastrophe. J'appelle à l'aide le vendeur de tickets, je lui montre sur le plan, il me fait descendre à l'arrêt suivant, mais c'est pas celui que j'avais prévu. Quand même, je suis pas loin, je retombe sur mes pattes, ouf.

Le retour, je le fais par un autre chemin. Mais dès l'arrêt de bus, un jeune vietnamien m'a repérée. Il veut me parler en anglais, et moi, l'anglais, je suis pas douée. En plus, l'anglais avec l'accent vietnamien je veux pas les vexer, hein, mais c'est pas tout cuit! Bref, il persiste, je lui montre où je veux aller, je crois comprendre que lui aussi, et qu'il me montrera. Tant mieux. Le bus est bien plein, mais le vendeur de tickets me dégage une place. Eh oui, je suis une vieille dame, et au Vietnam, ça se fait pas de laisser les vieilles dames debout dans le bus. La place à côté de moi se libère, le jeune homme s'assied un instant, puis se lève pour céder sa place à une autre vieille dame, vietnamienne cette fois. Ils ont entre eux une conversation animée, ils parlent de moi, la dame demande à voir où je vais, je lui montre, elle acquiesce.

Puis le jeune homme descend. Nous sommes encore assez loin de mon arrêt, et je réalise qu'il avait prévu de se dérouter, beaucoup, pour m'aider. Il vient de passer le relais à ma voisine, qui s'acquittera parfaitement de sa mission.

Sympa, non? Finalement, on s'est assez bien compris tous les trois.

jeudi 14 février 2008

"Entrez dans le jeu" au Musée Ethnographique de Hanoi

Petit clin d'oeil à mes anciennes collègues du service petite enfance: le concept « Entrez dans le jeu » devenu un classique de la ville de Saint Martin d'Hères, semble avoir migré à Hanoi. A moins qu'il ne nous soit venu de là? C'est ça aussi, la mondialisation.

Ma logeuse, Huong, m'a gentiment proposé d'aller avec elle et son petit garçon au Musée Ethnographique de Hanoi, pour lequel j'avais manifesté de l'intérêt. «Comme ça tu te perdras pas, et tu apprendras à y aller», me dit-elle. Mais je n'avais pas bien compris pourquoi elle y allait avec son fils: le garçon est plutôt du genre vif argent. Dans un musée, si bien conçu soit-il, je l'imaginais assez impatient.

J'ai compris en arrivant là bas: l'espace qui entoure le musée était empli de jeux pour enfants, que ne dédaignaient d'ailleurs pas les jeunes gens et les adultes. Il s'agissait de remettre à l'honneur les jeux traditionnels de différentes ethnies montagnardes, venues de loin pour la circonstance.

Le gouvernement du Vietnam fait grand cas de ce qu'on appelle ici les ethnies minoritaires. La presque totalité des habitants est d'ethnie viet (on dit aussi kinh). Aux frontières du pays, dans les montagnes surtout, vivent une cinquantaine d'ethnies différentes, représentées chacune par un très petit nombre d'habitants. Le musée ethnographique expose leurs costumes, très différents les uns des autres, leurs objets quotidiens ou rituels, explique leurs coutumes et traditions. Lors de la fête du Têt, ces villageois lointains ont été invités à se rendre au musée pour faire connaître leurs jeux traditionnels aux petits citadins.

Le premier jeu que nous rencontrons, c'est la danse des bambous. Tenus par des jeunes filles, les bambous au ras du sol claquent et se déplacent rapidement en rythme avec la musique. Il faut sauter dans les interstices et ça n'a pas l'air facile. Mais les chutes font partie de la rigolade. Plus loin, des jeunes circulent sur des échasses. Huong me demande comment ça s'appelle en français (jamais perdre une occasion de s'instruire). Là aussi, la jeunesse se marre bien.

Huong m'entraîne: elle a repéré un spectacle de marionnettes sur l'eau. J'ai déjà vu celui de Hanoi, un must touristique, mais celui là est en plein air. Dans une pièce d'eau de dix à quinze mètres de diamètre (l'eau boueuse cache les longues tiges qui permettent de manipuler les marionnettes), un décor en forme de pagode fermée par trois stores placés côte à côte est installé avec, devant, simulant une cour, un espace délimité par des bambous au ras de l'eau avec une sorte de porche très minimaliste. 20 000 Dongs l'entrée, un peu moins de 1 euro. On passe le « guichet », des fauteuils en plastique sont disposés en deux ou trois rangs sur la moitié du pourtour de la pièce d'eau. Huong installe son petit garçon, lui recommande de rester avec moi, et disparaît: en tant que guide touristique, elle connaît pas mal de monde ici, bonne occasion de bavarder.

Beaucoup d'enfants autour de nous, des mères, des jeunes filles, quelques hommes, avec chacun(e) deux ou trois petits bien emmitouflés car il ne fait pas chaud. Quelques fillettes qui ont des jupes virevoltantes se promènent un peu (pour les montrer?). Une autre a ramassé deux baguettes de bambou, elle fait sa petite musique perso sur la barrière qui borde la pièce d'eau. Les manipulateurs, dans l'eau jusqu'à la ceinture, s'affairent puis disparaissent derrière les stores. La musique des gongs et des tambours avertit les enfants un peu distraits que c'est maintenant qu'il faut regarder. En apéritif, deux minuscules personnages joutent sur une barre transversale du « porche »Ils se précipitent l'un contre l'autre, encore et encore, les gosses rigolent, un des deux finit par tomber dans l'eau, éclat de rire général.

Puis c'est l'épisode fumigènes: on entend claquer les pétards, des lumières filent au ras de l'eau selon une trajectoire sinueuse, une épaisse fumée s'élève. Mais, contrairement au spectacle en salle de Hanoi, elle n'incommode pas les spectateurs, elle se dissipe à mesure dans le ciel.

On verra apparaître ensuite, par tableaux successifs, plusieurs des grands classiques des marionnettes sur l'eau. Le combat entre deux buffles a beaucoup de succès. A un moment, deux serpents annelés aux couleurs contrastées évoluent à la surface de l'eau, se poursuivent, se tiennent compagnie. Le gamin me dit: «serpent»: sa mère lui apprend quelques mots de français, celui là il l'aime bien. Plus tard, deux personnages essaient, avec une épuisette minuscule, d'attraper d'énormes poissons qui plongent dans l'eau et en ressortent avec de grands bouillonnements. A tour de rôle, ils ratent les poissons et coiffent leur comparse de l'épuisette à la grande joie des enfants.

Ce théâtre de marionnettes sur l'eau est différent de celui que j'ai vu à Hanoi. Beaucoup plus rustique, pas du tout sophistiqué, il diffuse une atmosphère blagueuse et bon enfant qui correspond bien au jeune public. J'imagine qu'il donne une idée assez juste de ce que devait être dans les campagnes ce divertissement humoristique et populaire, joué à la surface des rizières boueuses par des paysans bricoleurs qui se perfectionnaient en échangeant entre eux techniques, scénarios et idées de marionnettes. Nombre d'entre elles, en plus ou moins bon état (dame, elles ont servi!) sont exposées dans une case.

Nous continuons notre promenade. Ici, plusieurs jeunes, avec des raquettes en bois, jouent avec un volant de badminton: un simple cylindre de bois dans lequel sont plantées quatre plumes. Plus loin, une planche, posée en équilibre sur un sac de terre devient une balançoire. Debout à chaque extrémité, deux enfants tentent de la faire basculer en avançant et reculant, puis en sautant. D'autres montent. Les adultes autour donnent des conseils, tiennent les plus petits pour les empêcher de tomber, puis rentrent carrément dans la danse, sautant gaiement eux aussi. Ailleurs, ce sont des toupies à ficelle de plusieurs formes différentes suivant les ethnies aux quelles elles appartiennent. Sur la terre battue vaguement herbeuse, c'est pas gagné.

Un jeune homme frime (quelques jeunes filles en vue?) en traversant d'un bond un petit canal qui doit quand même faire presque deux mètres de large. J'attends le « plouf », mais non, il connaît son affaire. Pour bien montrer qu'il ne s'agit pas d'un hasard, il recommence.

De l'autre côté, deux très hautes perches, au moins 5 mètres je pense, ornées chacune d'une sorte de cible de papier, rouge et jaune pour aider à visualiser leur cime, se font face à deux ou trois mètres de distance. Il faut lancer en l'air, entre les deux perches, le plus haut possible, une flèche, ornée comme un cerf volant d'une sorte de queue de comète. Une foule joyeuse, groupée de part et d'autre suit attentivement les tentatives et manifeste admiration ou réprobation selon les performances des uns et des autres. La flèche retombe, tous se précipitent, c'est à qui l'attrapera pour la relancer.

L'enfant commence à fatiguer, nous partons à la recherche de la consolation standard: une glace, 5000 dongs. La couleur est bizarre, mauve pale, mais ça n'a pas l'air de le déranger.

mardi 5 février 2008

De là-bas et d'ici...

Et voilà, j'ai quitté mon jardin. Et pas que mon jardin, ma maison, mes enfants, mes amis, la France. Me reste le pti fil magique de l'ordinateur. On a galéré un peu, et où ça se branche, ce truc là, le bleu avec le bleu normalement, et pourquoi la souris elle marche pas, elle est déchargée, mais non, elle est pas déchargée, ah mais il faut brancher son socle? Tout finit par être au point, sauf l'envoi des messages. Là, pendant que j'écris, je continue une conversation tranquille avec mon fils, avec ma fille, un rectangle orange m'informe qu'ils se sont connectés, on prend le pti dej avec le roitelet et la ptite abeille, t'as pensé à donner des croquettes au chat (là, je plaisante, c'est moi qui oublie de nourrir le chat), ah, j'ai oublié de vous dire, quel temps fait-il chez vous? C'est le smtp, ah bon, c'est quoi le smtp? Faut voir avec ton proprio. Je pense à tous ces exilés d'une autre époque, qui restaient et dont on restait sans nouvelles des mois, des années durant. Parfois définitivement: la demi-soeur de ma grand mère, partie pour l'Algérie, n'est jamais descendue du bateau sur lequel elle était montée. Je pense à tous ces exilés de notre époque, ceux qui partent avec rien, qui ne savent pas où ils vont échouer ni ce qu'ils vont trouver, et peut-être, pour eux aussi, la disparition dont personne ne saura jamais rien.

Mais bof, le malheur des autres me console pas du mien: même minuscule et ridicule, c'est le mien quoi!.

Parfum d'Automne et fête du Têt. Une chambre d'hôtes à Hanoi, qui s'appelle « Parfum d'Automne ». C'est le prénom de la patronne. Verra-ton aussi chez nous, maintenant que le choix de prénoms est (presque) libre, apparaître de tels prénoms poétiques? Mais l'automne est fini, et ici tout le monde prépare la fête du Têt. Les rues en sont scintillantes. Des milliers de petites bricoles rouge et or suspendues dans les boutiques, des paquets cadeaux préemballés (des choses qui se mangent semble-t-il), beaucoup de fruits, des fleurs en bouquet, des fleurs en pot, glaïeuls, chrysanthèmes, orchidées, des rameaux divers encore en boutons, et des arbustes en pot, ou simplement avec un plastique qui entoure les racines en attendant la transplantation. Des mandariniers, j'en avais vu tout un champ en décembre. J'avais cru à un verger. C'est pour le Têt, nous avait dit la jeune vietnamienne qui nous servait amicalement d'interprète. Aujourd'hui, il y en a partout, de toutes sortes, sur les trottoirs, dans les boutiques, sur les motos. Des tout petits, pas encore bien mis en forme, jusqu'aux magnifiques cônes parfaits vert sombre fruité d'orange qui sont, semblent-il, la rolls des mandariniers. Faut dire qu'un vélo avec, sur le porte-bagages, un mandarinier chargé de fruits deux fois plus haut que le conducteur, ça vous a une certaine allure.

« Le proprio nous a fait livrer un mandarinier haut d'un mètre cinquante » nous a dit hier une collègue de travail de mon homme, assez bluffée par l'attention.

Un quotidien poussiéreux et bruyant Dans un quartier populaire et assez animé, nous avons la chance de loger un peu à l'écart. Pas facile à trouver le premier jour, il faut s'enfoncer dans une ruelle, puis dans une autre plus étroite, hésiter devant des portes toutes semblables, c'est bien là. Mais l'agitation de la ville n'est pas loin, en cinq minutes on est au coeur du problème. Mais qu'est ce que je fous là, moi la campagnarde, qui ai un jour repoussé, sans prendre une demi seconde de réflexion, la suggestion d'un poste d'assistante à Paris V... parce que, vous comprenez « moi, je suis pas d'ici » (Comme disait Pierre Dac, je viens de chez moi et j'y retourne ). Parce que, si Paris est bruyant et pollué, alors, pour Hanoi, ya pas de mot. Un boulevard large comme une autoroute, avec des motos à touche touche sur toute la largeur et la longueur, vous imaginez ça? Aux heures d'embouteillage, ça se faufile sans complexe sur les bas côtés et à contre-sens, de l'autre côté de la séparation médiane quand il y en a une. Pour traverser? Il « suffit » de forcer le passage, à vitesse constante et décidée, en gardant, sans trop le montrer, les yeux partout. Il faut surtout que trajectoire et vitesse soient parfaitement prévisibles. Le hanoien (?) vit dans l'espace-temps. Ce n'est pas sur vous qu'il dirige résolument son engin, c'est sur l'espace virtuellement libéré par votre progression. Jusqu'à la dernière seconde, il ne sait d'ailleurs pas s'il va passer devant ou derrière vous, mais il va passer, c'est clair, sans s'arrêter, surtout pas, et sans ralentir ou à peine. Quant à la pollution, c'est plutôt de la poussière. Il y a quelques années, seules les jeunes femmes portaient le masque en tissu, autant par coquetterie (garder la peau claire) que par hygiène. Le masque se répand, et pour cause. Hier, en remontant à pied le boulevard, je me suis dit que j'allais vraiment m'en procurer un. Facile, on en trouve partout.

Ce matin, mon homme est parti à moto. Pas vraiment enthousiaste. Mon soutien moral, qui lui était totalement acquis, avait pas l'air de lui suffire...

mercredi 30 janvier 2008

Il aimait bien les enterrements

Il aimait bien les enterrements, parce que grâce à eux, on se retrouve tous réunis, familles, amis, et surtout ceux qu'on ne voit que rarement.

Il aurait particulièrement aimé celui-là, il n'y manquait presque personne, nous étions encore plus nombreux, si possible, que dans les traditionnels Noël en famille, ou les anniversaires de mariage (cinquantième, cinquante-cinquième, soixantième). Mais cette fois « son nom, comme celui d'un bourgeois, occupait sur la liste une place de choix » comme le chantait Brassens.

Ses sept enfants, ses petits enfants, ses arrière petits enfants, ceux qui se considéraient comme des enfants adoptifs, les frères et soeurs qui lui restaient, les amis, si nombreux, les conjoint(e)s des uns et des autres, les ex-conjoint(e)s ... j'en oublie sûrement, ils étaient tous là.

Il a eu le bon goût de partir juste avant que son fils, mon compagnon, quitte la France, c'est tellement dur d'être loin quand un père vit ses derniers moments.

Sa compagne de toute une vie (il avait flashé sur elle alors qu'elle n'avait que treize ans) faisait face avec son énergie habituelle, sans faiblir.

Moi, en tant que « pièce rapportée » (un mot que je détestais, mais la présence de mes ex belles-soeurs était bien la preuve que, comme souvent avec lui, le sens des mots devait être inversé), j'en prenais plein les yeux et plein les oreilles. Je n'ai pas encore tout compris de cette famille où je suis entrée pourtant il y a plus de trente ans.

On ne comprend jamais tout de personne, et particulièrement de ceux qu'on aime.

jeudi 24 janvier 2008

Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens..

Avant de quitter mon jardin, un petit clin d'oeil à quelques-unes des bonnes-mauvaises herbes que j'y ai consciencieusement acclimatées au fil des années.

La cardère: elle était là avant moi, j'ai tellement favorisé sa pullulation que j'ai dû devenir féroce pour (tenter de) la maîtriser. Mais je lui pardonne: ses têtes ébouriffées sont tellement jolies en hiver, sans compter que les oiseaux y trouvent encore des graines, après que le creux de ses feuilles leur ait servi d'abreuvoir aux heures chaudes de l'été.



L'onagre: j'avais repéré ses énormes fleurs jaunes dans une décharge, je suis revenue au moment de la graine. Depuis, elle s'est installée sans vergogne. Pas très jolie la journée, ses fleurs se fanent dès que le soleil chauffe, elle s'épanouit au crépuscule, et offre de véritables miroirs aux papillons nocturnes. Guetter son éclosion au moment où la lumière baisse demande un peu de patience, mais bien récompensée.

L'arroche belle dame: c'était la seule que tolérait mon grand père dans un jardin tiré au cordeau et parfaitement désherbé (le mien lui aurait fait beaucoup de peine). Hautes tiges rouges, grandes feuilles en losange qu'on peut cuire en épinard ou rajouter dans une salade, je les repère à peine germées grâce à leur couleur, et je leur laisse (ou non) le champ libre selon mon caprice du moment. Je les ai retrouvées il y a quelques années dans un jardin paysan, j'ai « volé » quelques graines et hop! (content, pépé?)

Les pavots annuels: mon fils prétend que...mais je n'en crois rien. Eux aussi étaient là avant moi, et sont repérables à peine germés à leur couleur d'un vert pâle presque argenté. Leurs fleurs aux pétales pastel et au coeur très noir rendent les abeilles hystériques dès leur éclosion. Elles sont délaissées quelques heures plus tard, complètement dépouillées de leur pollen. Quant aux graines, minuscules et innombrables, on peut en décorer pains et pâtisseries. Mon petit fils avait quelques mois quand je lui ai fait découvrir ce miracle: on renverse la tête sèche du pavot, et une cascade de grains noirs ou bruns ruisselle dans la petite main tendue. Il ne s'en lassait pas.

Un petit mot, pour finir, en faveur des permanentes des jardins: la véronique et le mouron blanc. Ce sont deux fausses envahisseuses, fausses car faciles à enlever. L'hiver, elles font un excellent couvre-sol et une bonne protection pour les bestioles utiles de toutes sortes. C'est là que je repère les premières coccinelles de la saison. Indicatrices d'un sol azoté, elles retiennent cet azote en surface évitant ainsi son lessivage. La véronique, avec son petit oeil bleu précoce, attire les premières abeilles à un moment où peu de fleurs sont disponibles.

Merci à la revue "Les 4 saisons du jardin bio", dont je suis une lectrice assidue depuis sa création en mars 1980, et qui est depuis peu disponible en kiosque. Tout ce que je sais ou presque sur le jardinage, c'est à elle que je le dois.

mercredi 16 janvier 2008

Rue des Soldats.

Lorsque nous avons commencé à évoquer la possibilité de nous installer quelques temps à Hanoi, j'ai cherché de la littérature vietnamienne. Des romans, des nouvelles, la fiction est pour moi la meilleure façon d'approcher la vérité d'un peuple.

Le premier roman que j'ai lu, et il reste à ce jour mon préféré, c'est « Rue des Soldats », de Chu Lai, paru à Hanoi en 1999, traduit aux éditions de l'Aube en 2003, puis dans leur collection de poche en 2004.

Le peuple vietnamien était pour moi un vieux mythe, celui qui avait d'abord vaincu l'armée française à Dien Bien Phu, puis qui avait obligé l'armée américaine à quitter le pays en 75. Je n'avais pas mesuré à quel point, même si j'en suis théoriquement persuadée, il n'y a jamais aucun vainqueur dans une guerre.

Ce livre, et plusieurs autres que j'ai lus depuis, met en évidence les destructions irréversibles opérées sur toute une société par cette guerre-là. L'auteur, né en 46, fait partie de la génération des jeunes gens, hommes et femmes, qui ont sacrifié leur vie, dont les dépouilles ont pourri dans la jungle (le héros d'un autre livre, « Le chagrin de la guerre » ira rechercher leurs ossements pour donner une sépulture à ces âmes errantes dont les fantômes désespérés hantent les forêts).

Ceux qui sont revenus essaient de continuer, de recommencer à vivre, Chu Lai le fait en écrivant. Il nous raconte les héros déchus, leur jeunesse perdue, leur santé gâchée, leur survie misérable dans un Vietnam qui commence déjà à s'enrichir par la libre entreprise, leur position paradoxale: héros de la Patrie et à ce titre respectés et admirés, mais pauvres diables sans le sou obligés d'accepter « douze métiers, treize misères » pour simplement se nourrir confrontés parfois à la condscendance des nouveaux riches.

Obligés de laisser partir leur épouse vers l'occident où on peut s'enrichir, au risque de s'y perdre, de bosser comme des forçats dans une mine lointaine pour en rapporter quelques sous ou la mort, de déchoir un peu en devenant un cafetier désabusé sans clientèle, bref, chacun cherche son chat dans cette "Rue des Soldats" qui se métamorphose à une vitesse effarante.

Dans tous les romans que j'ai lus pour l'instant, une histoire d'amour souvent déchirante est profondément inscrite dans la réalité sociale évoquée, mêlant étroitement l'histoire individuelle et l'histoire collective. Celui-là ne fait pas exception, et l'amour de Nam et de Thao en est le fil conducteur.

mardi 15 janvier 2008

Jacquou le Croquant, t'as bien une fourche qui traîne dans un coin?

Dans la semaine entre Noël et le Jour de l'an, un démarchage téléphonique d'Orange a pour conséquence, malgré un refus sans ambiguïté, de m'abonner à Orange, et qui plus est avec deux options supplémentaires (Jeux vidéo et Giga mail!!!).

Le 1er janvier, plus de connexion, ma connexion ADSL à Free a été écrasée par Orange.

Le 2 janvier, lettre recommandée pour annuler cette escroquerie, refus de la Livebox qui nous arrive dans la foulée.

Démarche parallèle auprès de Free pour RETABLIR la connexion écrasée (et en aucun cas pour en créer une nouvelle).

Le 14, mon compte est débité par Orange de 49,80 euros!

Le 15, Free m'annonce un nouvel abonnement, m'apprend que la première mensualité sera plus coûteuse, m'annonce l'arrivée d'une Freebox (j'en ai déjà une et en plus elle ne marche pas dans ma campagne profonde) sans mentionner l'ancien abonnement, dont les déductions continuent.

Pour empêcher les retraits automatiques, ma banque me conseille de faire opposition et me demande 13 euros (par prélèvement abusif, pour six mois, et après il faut recommencer)

Avec un peu de chance, je m'en tire pour 150 euros, plus le plaisir d'avoir eu pendant 15 jours une connexion bas débit qui me coupait le téléphone.

Bien entendu, aucun de ces deux requins n'est vraiment joignable ni par mail, ni par téléphone, les réponses écrites sont stéréotypées et sans aucun rapport avec la situation.

Mais bordel, ou c'est que j'ai mis ... ma fourche à fumier?

dimanche 13 janvier 2008

Premier billet (doux?)

Me voilà toute intimidée devant la page blanche.

J'en rêvais, de ce blog, mais je rêve de tellement de choses que je ne fais jamais... Car je suis très douée pour les rêves, beaucoup moins pour leur réalisation. Puis il y a eu ce projet: partir pour Hanoi, y vivre quelques mois, plus si affinités. Alors, là, ça devenait obligatoire. Le pti coup de pouce indispensable à ma paresseuse nature.

C'est paradoxal d'intituler ce site « Cultive ton jardin » au moment où je vais quitter le mien.Quitter mon jardin, c'est une des choses qui me font le plus de peine en ce moment. Pourtant, cultive ton jardin, c'est plus que du jardinage.

C'est d'abord « Carpe diem », cueille le jour qui passe, n'en laisse rien perdre, savoure.

Mais c'est aussi « Fais ce que tu peux, là où tu es » Ma grand mère maternelle le disait autrement, de façon rigide et austère voire hautaine, à son image: « Fais ce que dois, advienne que pourra ». Notre vieux monde est bien malade, mais qui le sauvera, sinon nous tous, avec chacun nos petits cailloux qui feront des montagnes, nos petites gouttes d'eau dont l'océan est composé.

Cultive ton jardin, c'est tout le contraire de « Not in my backyard ». Celui qui cultive et aime son jardin ne peut se désintéresser de celui des autres. Il aime tous les jardins, puise à leurs expériences, partage les siennes.

La terre est notre jardin.