Cultive ton jardin

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mardi 23 juin 2009

Mon jardin est plus beau que jamais.

J'ai des pucerons noirs partout. Sur les fèves, bien sûr, vous vous souvenez que c'est volontaire, j'espérais attirer les coccinelles, ratage total. Je viens de repérer (EN JUIN!) la première et la seule sur mes haricots, couverts eux aussi de pucerons noirs, m'étonnerait qu'elle en vienne à bout, elle est bien seule la pauvre. Et je la retrouve toujours à la même place, faudra que je vérifie si c'est pas une fausse, façon nain de jardin minuscule. Pucerons noirs aussi sur les sureaux, sur la camomille, partout, je vous dis.

Mes choux sont un très efficace élevage de chenilles, la biodiversité des chenilles est étonnante. Il y en a qui sont d'un vert cru, toutes seules au coeur du coeur. Là, on peut dire que le chou est foutu, frappé dans ses forces vives. Discrètes, en plus, sournoises, bien cachées entre les plus petites feuilles. D'autres sont beaucoup plus spectaculaires... et moins nuisibles donc. Etonnant spectacle que ces bestioles en rangs serrés, à l'envers des feuilles donc invisibles au début. Mais très vite, la feuille entière disparaît sous leurs mâchoires voraces et multiples, et la jardinière de pacotille se pose des questions. Découvre, écrase (beurk). Explore les autres feuilles, les autres choux. Olala! d'autres chenilles, plus petites, mais c'est les mêmes. Et puis, d'autres encore, minuscules, leurs dents ont seulement aminci la feuille, trop petites pour la traverser. Puis, ces petits amas de grains jaunes, des dizaines d'oeufs bien serrés les uns contre les autres, on dirait une broderie au point de croix miniaturisée. De chenilles en oeufs, le regard se porte, forcément, sur ces très jolis papillons blancs qui se posent, s'envolent, reviennent, hésitent... des papillons qui papillonnent quoi. Vues de près, leurs ailes sont marquées d'un minuscule carré noir. Des piérides. Et très vraisemblablement des piérides du choux.

Mes démêlés avec les limaces, vous les connaissez déjà. Cette année, j'ai de la chance. Je crois que la neige tardive a tué les premières et fait prendre du retard à l'ensemble, elles sont moins nombreuses et n'ont pas encore atteint la taille adulte qu'elles ont d'habitude en cette saison. Reste que ponctuellement, elles sont redoutables. Un plant de menthe coq, mal placé, trop près d'un muret de pierre où leurs pontes trouvent un abri très efficace, abords mal désherbés, est entre la vie et la mort. Des douze scaroles repiquées un soir, la moitié a disparu le lendemain, mâchouillées jusqu'au coeur. Comme pour le chou, quand le coeur est atteint, adieu la récolte. Mon erreur, les avoir planté trop près d'un tas de mauvaises herbes en train de se décomposer. Pour une armée de limaces lassées de bouffer de la pourriture, mes petites salades vert tendre étaient irrésistibles. Quelle piètre jardinière je fais, pas réagi assez vite. Et dire que la limace est symbole de lenteur!

Il y a environ un mois, je suis intriguée par une touffe de coquelicots, une de ces touffes de fleurs sauvages que j'aime bien, quand je les repère à temps, laisser s'installer au gré de leur caprice entre les rangs de légumes ou même sur le rang. Cette année, j'avais fait un bail amical et gratuit à une dizaine de plants. La première fleur, pas vue. Seule une petite tache rouge plaquée au sol évoquait sa vie éphémère. Mais très vite, la floraison s'était étoffée, petits boutons qui gonflent lentement, redressent peu à peu leurs têtes, puis le rouge vermillon de la fleur qui éclate, puis les pétales qui tombent, laissant cette petite tête noire ébouriffée qu sera bientôt porteuse de milliers de minuscules graines noires ou brunes. Rien à voir avec les champs de coquelicots immortalisés par les impressionnistes, c'est vrai, mais bien contente quand même. Or, ce matin là, sur un plant, toutes les capsules de graines ont disparu. Impossible d'accuser les limaces, ça ne grimpe pas sur la tige poilue des coquelicots, trop souple de surcroît. Même mystère sur les haricots voisins, là ce sont les fleurs encore en bourgeon qui ont disparu, pareil, sommet des tiges proprement tranchés. Et aussi, contre le mur, l'églantier: la pointe des tiges a disparu.

Un chevreuil! nous en rencontrons parfois la nuit, sur les petites routes. Il nous est arrivé d'en heurter un avec la voiture, heureusement à faible vitesse, la bête qui sortait d'un talus embroussaillé s'était ébrouée et avait re-disparu très vite dans le noir. Il y a trois ans, à l'automne, j'avais eu un carré de salades, scaroles et frisées prêtes à consommer proprement dévasté par ces charmants animaux. Salement, devrais-je dire, car tout ce qu'ils n'avaient pas dévoré avait pourri ensuite. Que faire? Mon jardin n'est pas clos... et pas facile à clore, en pente, avec des murets de pierre qui s'étagent, une forme échevelée, c'était ma fierté de coller au terrain, de suivre les lignes de pente, quand d'autres ont nivelé, étayé, remblayé, enclos de béton gris surmonté de grilles vertes. Le chevreuil revient, soir après soir, croque ici un bout de laitue, là quelques plants de fraisier, je retiens mon souffle, un soir il va inviter des amis à faire la fête chez moi...

Pas un seul doryphore, ça manque au tableau. je me serais régalée pourtant à vous décrire ces coléoptères élégamment rayés de jaune et de brun leurs oeufs collés au dos des feuilles comme ceux des papillons dont sortent de minuscules têtes d'épingles à pattes qui grossissent à la vitesse de leurs mandibules pour devenir de grosses larves ventrues, d'un marron qui hésite entre le chocolat noir et le chocolat au lait, décorées de deux lignes très design de points noirs. La nymphe, jamais vue, que dans les livres. Un jour, la larve tombe, trop bouffé, s'enterre dans le sol, se nymphose, et ressort sous forme d'insecte. Plusieurs génerations peuvent ainsi se succéder en une saison, je vous dis pas le massacre si vous laissez faire, que ce soit par paresse, amour des bêtes (sissi!) ou choix esthétique. Il arrive que l'insecte ne sorte qu'après l'hiver. Parfois, il faut qu'il cherche un peu, il a des ailes, c'est pas pour rien. Des fois, il trouve, des fois pas... En monoculture, banco, il sort au milieu d'un champ de patates, le bonheur!

Oublié de vous parler des campagnols. Un jour, en plein soleil, un plant de patates s'écroule, fané en moins d'une heure. Tiges coupées, et dessous, une galerie facile à repérer. Aïe, sauf piégeage immédiat, toute la rangée va y passer, le campagnol jubile, il a qu'à suivre la ligne et ne va pas s'en priver. Pareil avec les poireaux, l'an dernier, mon fils a manqué de vigilance... ou de détermination, il n'est pas resté un seul poireau sur les 200 que j'avais planté. Cette année, je veille, ils n'auront pas l'Alsace et la Lorraine!

Après cet état les lieux, vous vous demandez pourquoi ma première phrase. D'abord, c'est tout simple. Les ravageurs les plus féroces, c'est comme les impôts, ils en laissent toujours plus qu'ils n'en mangent. Rares sont ceux, en jardinage ordinaire, qui menacent toute une récolte. Et si on doit se passer un an de tomates, ou de pommes de terres, ou de choux, rien de tragique, on aura plus de chance l'an prochain. Pas la peine de se précipiter sur son pulvérisateur de toxiques, dont il parait que les jardiniers du dimanche font un usage déraisonnable. Ce qui me dépasse, car polluer sa propre terre, ses propres légumes...

Il y a une autre raison, j'adore observer les petites bêtes. Et pourquoi pas les grosses? Quelqu'un m'a suggéré de camper dans mon jardin, une nuit, pour le voir, ce fameux chevreuil... Pour mon petit fils qui vient aux vacances, ce serait une fameuse expérience...

samedi 20 juin 2009

Burqa à tous les repas

Bah franchement, ça devient comique. Hier soir, "C'est dans l'air" parle de la burqa. Bon, platitudes de rigueur, polémiques de rigueur. Ya l'élu français de France qui s'indigne, il a dû obliger la mariée à retirer son masque pour vérifier son identité. Paske sinon, il mariait pas. C'est évident, un maire doit savoir QUI il marie, sinon bien sûr le mariage est pas valable. Apparemment, d'ailleurs ça n'a posé aucun problème, mariée et témoin féminin ont retiré leur cache-sexe. Mais le maire s'indigne quand même, la burqa existe, il l'a rencontrée!

Ya aussi un autre français, mais pas de France, ça se voit à sa gueule et à son nom. Il doit répéter qu'il l'est, français, chaque fois qu'il commence une phrase qui pourrait laisser penser qu'il n'est pas violemment hostile à la burqa, ou simplement qu'il estime que ce n'est pas un problème majeur, brûlant et urgentissime. Ou encore quand il prétend qu'il existe des musulmans pour qui hommes et femmes sont égaux (mouarf, des cathos aussi prétendent ça). Français? Hé, prouve le, bonhomme, en criant haro sur la burqa plus fort que les autres, ou sinon, ta nationalité de papier, on pourrait bien te la retirer... ça s'est pas fait depuis longtemps, certes, mais jamais trop tard pour bien faire.

Ya la française pas de France, ça se voit à son nom, pas à sa gueule, surdiplômée, mais avec sur la tête un curieux bonnet qui lui cache le front et les oreilles. Mais ouf, on voit ses cheveux derrière et elle est très hostile à la burqa, acquittée. Je me demande quand même, soupçonneuse, si c'est pas une crypto: suffirait qu'en sortant elle pose le foulard qu'elle cache sûrement dans son sac sur sa belle chevelure blonde. Blonde? Mais c'est très mauvais pour la santé de se teindre en blonde, vu tous les produits chimiques que ça contient, ces colorants qu'on se met direct sur le cuir chevelu, absorption maximum, cancer assuré!

Oui, paske la santé, hein, c'est vachement important, et la burka c'est trèèèèès mauvais pour la santé. Ou alors, faut prendre de la vitamine D, le manque de soleil hein, ça pardonne pas. Oui, doit bien y avoir une flopée de bonnes femmes qui passent toutes leurs journées dans un appart pourri, avec le mur du taudis d'en face à quelques mètres, et qui ont pas beaucoup de temps pour aller faire du bikini à Paris-plage, mais celles-là, on leur pardonne, elles ont le bon goût d'être invisibles. INVISIBLES, c'est exactement ça, en fait, qu'on leur demande, aux bonnes femmes. Et celles qui portent burqa, c'est des sournoises, elles font SEMBLANT d'être invisibles, mais en réalité, elles sautent aux yeux de tout le monde, même de ceux, et ils sont nombreux, qui ont jamais vu de burqa ailleurs que sur une photo.

Bien sûr, ya l'inévitable Caroline Fourest, mais celle-là, je vous en parle pas, j'ai pas envie. D'ailleurs, je quitte la pièce, j'entends que l'émission se termine, ouf!

Je reviens quinze minutes plus tard. Burqa, rebelote. Là, c'est Canal Plus, le Grand Journal. J'aime bien mon mec, depuis le temps, on finit par avoir ses habitudes, mais là, ya du divorce dans l'air, je sens que je vais me louer un studio où yaura pas la télé, je re-quitte la pièce. D'ailleurs, j'ai une soirée avec des copains, des amoureux des livres, faudra que je vous en parle un jour, faites m'y penser.

Je monte dans ma voiture, France Info m'annonce qu'ils vont parler de ...la burqa, je change de station, France Inter... parle... de la burqa. Je renonce à mettre France Culture, j'éteins. Je crains pour la soirée copains, il suffirait que quelqu'un lance le sujet et hop, burqa jusqu'à minuit!

Vous avez pas l'impression, amies féministes, qu'on se fait avoir? Parce que pendant qu'on parle de ça, eh eh, on parle pas d'autre chose. Et en plus, on s'engueule entre nous... Double bénéfice pour les crétins (pas si crétins) qui nous gouvernent, et qui gouvernent, avec notre complicité, nos sujets d'indignation. Finalement, on a quelque chose de commun avec celles qui portent burqa, outre le fait d'être, comme elles, des femmes. On participe activement à notre propre mystification.

Happy end: j'ai passé une excellente soirée, on a beaucoup parlé de livres. Pas un mot sur la beurka!

jeudi 18 juin 2009

Premier amour?

Nous avons neuf ans tous les deux. Il habite dans ma rue. Il a l'accent parisien et la gouaille qui va avec. Il dit "merde" sans ostentation, comme si c'était naturel. Un jour, il traite de "grand dadais" un jeune adulte de notre entourage, sa mère fait "chut!" un peu gênée, mais pas vraiment fâchée. Je ne connais pas ce mot, il appartient au vocabulaire d'une autre classe sociale que la mienne, mais je sens bien l'insolence et la transgression. J'admire.

Souvent, nous nous retrouvons sur le chemin de l'école, plutôt au retour car à l'aller je suis toujours en retard. Pour moi, rien ne se passe que le plaisir de l'entendre pérorer sans doute, je suis sous le charme, il est gentil, il est drôle.

Un jour, il n'est pas là, je me vois soudain entourée d'une horde de garçons. Trois ou quatre, à vrai dire, mais ils crient, ils tournent, j'ai peur, je ne les ai pas vus venir. Je revois le lieu, près de la barrière du passage à niveau, et curieusement sur la gauche d'une route que je n'étais pas censée traverser. Ils ricanent: "la copine à Jean-Pierre, la copine à Jean-Pierre", plus d'autres sous entendus auxquels je ne comprends goutte (j'ignorais même la signification du mot "cul"...). Puis cette phrase, enfin compréhensible "Quand est-ce que tu nous présenteras ton gosse?".

Je finis par leur échapper, je rentre en larmes à la maison. Ma mère m'interroge, prudemment elle essaie de repérer où j'en suis de mes relations avec ce Jean-Pierre, je finis par avouer qu'on se tenait parfois par la main.

Ah...

Désormais je ne fais plus route avec lui. J'ai compris que ça ne se fait pas de tenir un garçon par la main quand on a neuf ans. Mais c'est surtout le sentiment de trahison qui reste vif, plus de cinquante ans après, derrière le sourire nostalgique: il leur avait dit quoi, ce grand dadais, à ses copains?

mercredi 3 juin 2009

Noir, blanc, rouge

Un rectangle blanc sur fond noir, évoquant un faire part de deuil, une bande son qui grince désagréablement. Je me demande s'ils sont assez culottés pour avoir choisi de nous laisser devant un écran vide. Mais quelque chose bouge en haut à gauche. Une fourche? des cornes? Des cornes, oui, et un escargot. Un bel escargot à la coquille rouge qui entre lentement, en ondulant à peine, ses cornes s'agitant doucement. Le silence s'est fait après un dernier choc métallique (un carambolage?). L'escargot avance toujours. Pas très fringant, comme symbole, un escargot. Voter pour un escargot, bah... ceci dit, on a vu pire.

Une phrase s'inscrit, lettres noires, graphie simple, qui donne son sens au choix de l'escargot: "Prenons le temps...". Et tout d'un coup, on a envie de le prendre, le temps. De rester en attente, à regarder cet escargot qui continue d'avancer au même rythme. La respiration s'apaise. Des mots s'affichent, toujours en silence, des points de suspension, d'interrogation, d'exclamation. On prend le temps, en effet, de réfléchir à ce qu'ils veulent dire.

Puis cette question "Alors? Décroissance choisie ou récession subie?"

L'escargot s'arrête au milieu de la page. Il a mis une minute environ à arriver là. Une minute? Comme c'est long, une minute, quand on pense. On n'a pas vraiment l'habitude de penser aussi longtemps devant un poste de télé. Ca fait tout drôle, parce qu'on a -vraiment- pensé, on s'est pas contenté de se laisser penser par les images et les sons.

Voilà, c'est fini. Sous l'escargot maintenant immobile s'inscrit le nom de la liste: "EUROPE DECROISSANCE".

Puis cette phrase: "L'utopie d'aujourd'hui sera la réalité de demain". On reste rêveur, un peu, on a très envie d'y croire.

mardi 2 juin 2009

Un petit cerisier malade et rabougri

Planté au milieu du grand pré par les anciens propriétaires, il n'avait pas fière allure, le malheureux. Au point que, l'estimant perdu, nous avons négligé de le protéger de la gourmandise des chevaux que notre voisin nous avait demandé d'accueillir. Echange de bons procédés, pour un peu d'herbage supplémentaire, ce paysan entretenait la prairie, l'empêchait de retourner trop vite aux orties et aux ronces,. Elle a quand même tendance, la prairie, à se dégrader régulièrement: les chevaux ne mangent que ce qu'ils aiment, ce qui est logique, mais ils sont très délicats, très sélectifs et laissent ainsi proliférer orties, ronces, mais aussi chardons et boutons d'or sans compter les longues traces pelées que font leurs pérégrinations. Les tas de crottin sont particulièrement appréciés des orties, un tas, une touffe nouvelle! Le voisin ne fait que réguler, ralentir. Il faudra un jour trouver une solution. Quelqu'un sait comment on restaure une prairie dégradée? Je veux dire, bien sûr, sans l'arroser de poison.

Pourtant, j'aime bien ces trois ou quatre chevaux qui reviennent, au printemps quand l'herbe est haute, à l'automne pour le regain. Cela nous avait valu, un matin frisquet, un très joli spectacle: un des chevaux était couché (c'est rare), l'autre, tout près, lui tournait le dos. L'ensemble avait une allure bizarre. Puis, nous avons vu quelque chose dans l'herbe... un poulain né de la nuit. Je me suis souvenue que lorsqu'une naissance se produit dans un troupeau de chevaux , l'ensemble du groupe fait cercle autour de la mère et du petit, tête vers l'extérieur, croupe vers le poulain. Cela assure la vigilance, mais aussi l'imprégnation par l'odeur du nouveau né. Il doit pouvoir identifier son groupe, et l'odeur mémorisée doit se différencier clairement de celle de sa mère. Ce jour là, l'unique compagnon de celle ci essayait de faire cercle à lui tout seul.

Mais revenons à notre cerisier. Il s'obstinait, poussait régulièrement de nouvelles brindilles qu'il se faisait non moins régulièrement brouter, prenait des allures d'épouvantail avec ses moignons désolés. Remettait le couvert, encore un peu de verdure et crac, un coup de dent. On peut dire qu'on avait oublié jusqu'à son existence, et que, le regard tombant parfois sur lui, on se hâtait de penser à autre chose. Démoralisant.

Il y a trois ans, il a pris brusquement son envol. Une branche s'est mise à grimper, quelques fleurs au début du printemps, trois cerises fin mai. Un plein panier l'année suivante. Notre cerisier avait eu raison de s'entêter. Contre toute espérance, se haussant chaque année de quelques centimètres avec ses petits bras musclés, il avait réussi à dépasser... la tête des chevaux. Il lui reste, témoin de son enfance souffrante, un tronc tourmenté. Mais il ressemble désormais à un vrai cerisier. Depuis la semaine dernière, nous nous gavons de cerises et en offrons à nos amis. Seul problème, notre échelle est désormais trop courte, comme c'est dommage toutes ces belles cerises qui mûrissent dans le ciel hors de notre portée...

Bah, les oiseaux nous remercient.

Ce cheval essayant de former un cercle à lui tout seul, ce cerisier refusant contre l'évidence de renoncer à son destin de cerisier... ça vous évoque quelque chose?

lundi 11 mai 2009

Fred Vargas au Brésil pour Cesare Battisti

Je vous ai déjà parlé de Fred Vargas. Il s'agissait alors de "récupérer du crottin" . Mais pas seulement. Car c'était, aussi, à propos d'un très beau texte qu'elle avait rédigé pour Europe-Ecologie. Merci à Vert chez moi pour m'avoir signalé le point de départ de ce texte qui se promenait sur le net sans ses papiers d'origine.

Si je vous reparle d'elle aujourd'hui, c'est pas parce que je suis allée récupérer du crottin ce matin pour préparer le repiquage de mes plants de potimarron, butternut et courge de Hubbard, bien que ce soit très exactement ce que j'ai fait. C'est parce que ce soir lundi, sur Arte à 19h30, vous pourrez la voir dansle cadre de l'émission Arte Culture. Au Brésil. Elle fait quoi, au Brésil? Pas exactement du tourisme, elle y poursuit, avec une rare obstination, un combat commencé depuis des années. Un combat pour une liberté, celle de Cesare Battisti.

Cesare lui-même, vous pourrez le voir le samedi 16 mai à 19h, toujours sur Arte, interviewé par Melissa Monteiro et Jérôme da Silva dans Arte Reportages.

Je n'écris rien de plus aujourd'hui, je dois mettre ce billet en ligne immédiatement, vous pourriez manquer Fred Vargas si je traîne!

vendredi 8 mai 2009

Journalisme de frivolité

Sur France Info, ce matin, un mini reportage pris sur le vif comme ils les aiment. Et comme je les aime aussi, ne boudons pas notre plaisir.

Ca se passe dans le Doubs. Des paysans ont amené trois vaches dans un quartier urbain. Ils invitent les passants à déguster le lait sorti tout frais tout chaud du pis des vaches.

Petit micro-trottoir, ya ceux qui aiment, ceux que ça leur rappelle leur enfance, ya aussi les gosses qui aiment moins, le goût trop fort, et aussi ça les dégoûte un peu l'idée que ça sort du pis des vaches, précisément. C'est comme la viande, mieux vaut pas trop savoir d'où ça vient, hé? Petit couplet sur "on s'en sort pas, on le vend à un prix qui couvre à peine les frais, impossible d'espérer en plus se tirer un salaire alors que c'est quand même du boulot de traire tous les matins et tous les soirs, plus les soins aux bêtes". La journaliste explique benoîtement qu'ils font ça pour sensibiliser le consommateur en mettant en évidence la différence entre prix d'achat et prix de vente. Elle explique aussi qu'ils ont recueilli 400 signatures. Et basta. C'est mignon tout plein, cette petite tranche de campagne en ville, ce pti déj au lait bourru. Mais on va rester avec une question sur le bout de la langue: à combien on le leur achète, le lait, pour qu'un 8 mai au matin ils viennent faire de la pédagogie sur le trottoir?

En fait, ça me turlupine un peu, cette histoire. Paske, ces paysans qui se sont levés de bonne heure, un peu plus que d'habitude, pour fourrer trois vaches dans une bétaillère, c'était pour prendre à témoin le public justement du prix auquel on leur paie le litre de lait, en le faisant contraster avec celui auquel le consommateur achète le litre de lait. Ils ont dû être très contents qu'une journaliste s'intéresse à leur histoire. En plus de toucher 400 personnes, leur petite mise en scène allait s'offrir comme public les auditeurs de France Info. C'est raté, les gars, la prochaine fois adressez-vous à un VRAI journaliste. Là, vous aviez seulement affaire à un amuseur public.

Et puis ça continue à me turlupiner: c'était quand même l'information principale, impossible qu'elle ait "oublié" de nous la donner. En plus, d'habitude, les chiffres, ils nous en farcissent les oreilles, au moins celui là nous aurait parlé, des centimes d'euro on en a tous dans notre poche (c'est pas comme les milliards des banquiers). Alors, si elle a pas oublié de donner l'info, c'est qu'elle a été sciemment supprimée.

Je raisonne bien? Ou je suis parano? Ou les deux?

mardi 5 mai 2009

Grelinette et saints de glace

J'avais commencé, dans le billet précédent, à répondre au commentaire de Minium, et je me suis vite aperçue qu'un billet entier n'y suffirait pas. D'où ce nouveau billet, qui en effet ne répond que partiellement.

C'est bien d'une vraie "Grelinette" que je dispose. J'étais hélas tombée sur une mauvaise série (je crois qu'ils ont eu quelques ennuis de fabrication et de livraison) et une des dents se désolidarisait des autres au point de finir par tomber. Alors que normalement, un outil de jardin, c'est éternel. Je ne leur en ai pas voulu, ce sont de presque voisins, et j'ai racheté un modèle plus étroit (quatre dents seulement), mais finalement j'ai peut-être eu tort, car d'année en année le travail de ma terre devient plus facile. Qu'importe, à quatre dents ça va très bien et très vite en terre meuble.

Quand je suis arrivée dans cette maison, il y a maintenant plus de quinze ans, j'ai commencé, c'était l'été, par planter une vingtaine de poireaux à l'emplacement utilisé par les anciens propriétaires. Disparus corps et biens en quelques jours. Campagnols et limaces, ce fut la curée. De plus, la parcelle était caillouteuse et très pauvre, coincée entre quelques groseilliers faméliques qui faisaient vraiment pitié. J'ai fini par comprendre que c'était le bout d'un ancien jardin qui avait plutôt servi de dépotoir, non seulement à cailloux mais à débris de toutes sortes. Beaucoup de morceaux de verre, et quelques flacons entiers, dont certains assez anciens pour être dépourvus de pas de vis. Un très joli flacon de "Rojaflore" aussi, bouchon compris et une petite bouteille du genre de celles qu'utilisait ma grand mère pour faire son pastis maison. Et même une cartouche en verre de stylo plume. Plus des tubes d'aspirine alu écrasés, et autres reliques fleurant bon les années 50.

Impossible de me contenter de cette misère. Je jardinais depuis 1975 (depuis l'enfance devrais-je dire, mais avec une longue interruption) et c'était devenu vital pour moi. C'était vital tout simplement au début, je remplissais chaque été un congélateur de 200 litres, et ça allégeait singulièrement notre maigre budget de n'acheter aucun légume, ça nous permettait même de réduire notre consommation de viande, autant de gagné en plus. Quand ça avait cessé d'être une nécessité de survie, c'était devenu psychologiquement vital.

J'ai fait prolonger largement, dès l'automne, mon jardin vers l'est. Un paysan du coin s'en est chargé avec son tracteur. Petite difficulté, nous avions repéré un inquiétant et intense va-et-vient de guêpes au milieu de cette prairie. Impossible d'éventrer ce nid au tracteur, il fallait le détruire avant, et ce ne fut pas facile. Pas folle, la guêpe-mère avait décalé d'une cinquantaine de centimètres le nid par rapport à la galerie d'accès, nous nous acharnions sur le vide.

Même préparée au tracteur, puis affinée au motoculteur, c'était encore un fameux boulot, cette lourde terre de prairie, où subsistaient des mottes de trèfle ou de chiendent quasiment indestructibles. Rien à voir avec ce que c'est devenu aujourd'hui. Depuis que je suis à la retraite, j'ai décidé de préparer la terre manuellement. Il y en a qui achètent un vélo sans roues pour pédaler devant leur télé, moi j'avais une autre technique pour rester en forme, la grelinette, j'y reviens. Dans des conditions favorables, en terre meuble on plante l'outil, on fait levier avec les deux manches pour l'incliner en brisant la terre. Puis on secoue en soulevant légèrement le manche de droite puis celui de gauche pour finir de briser les mottes, on recule de dix centimètres, on replante, et ainsi de suite. Aucun effort sur les reins puisqu'on ne soulève ni ne retourne la motte.

En terrain lourd, pour défricher, c'est nettement plus dur. Il faut forcer davantage, se pencher en avant pour avoir plus de force dans les bras, arracher les racines, briser les mottes avec un autre outil. Je continue à étendre mon jardin vers le nord-est, et je me défriche chaque année quelques mètres carrés, confiant aux pommes de terre le soin de terminer le travail. Et à l'extrémité sud-ouest, en bordure du ruisseau, j'agrandis peu à peu un coin de prairie fleurie où il sera sympa de se reposer à l'ombre du tilleul que j'ai planté en l'honneur de mon petit fils. Pour le moment, il est vrai, l'ombre du tilleul... mais petit arbre deviendra grand, c'est ce pas?

Dans son commentaire, Minium me dit que je ne suis pas si en retard que ça, que chez elle on attend la fin des "saints de glace": saint Servais, saint Mamert et saint Pancrace, 11, 12 et 13 mai me dit-elle. C'est à peu près ce que je fais moi aussi, tout ce qui craint le gel doit rester à l'abri jusque vers la mi-mai, du moins dans ma région de climat alpin: une gelée surprise n'est jamais à exclure. J'avais, enfant, une autre référence, la "lune rousse", celle qui suit Pâques et qui donc variait chaque année. Mais c'est incroyable, la sympathique mention des lunes, le smiley de la pleine lune, celle toute noire, et les deux croissants, le premier et le dernier, tout cela a disparu de mon agenda actuel! honte à moi de n'avoir pas contrôlé ce détail. Quant aux saints, leurs prénoms démodés avaient cédé depuis longtemps la place à d'autres plus en vogue.

Mais Minium a raison. Mon gros effort de jardinage, c'est en mai. Seulement, il faut que la terre soit prête. Et là, j'avais du souci à me faire. Ce n'est plus le cas. J'ai mis les bouchées doubles, et les brouettes de plants que je vais rapporter vendredi du centre Terre Vivante je saurai où les installer. Ainsi que les trente pieds de tomates (tomates des Andes, tomates de Bérao, Noires de Crimée) qui attendent devant la vitre de ma salle à manger, et ont un peu, hélas, tendance à s'étioler.

Pour le paillage, impossible Minium: un élevage de limaces au pied de mes tomates, c'est pas vraiment ce qui convient chez moi. Heureusement, avec le ruisseau, j'ai de quoi arroser. Je remplis une vieille baignoire pour que l'eau ne soit pas trop glacée et j'arrose le soir, avec deux arrosoirs de 12 litres. Mais je retiens ton idée d'un paillage fait de ronces broyées. Parce que des ronces... c'est pas ce qui manque chez moi! Tu as quoi comme broyeur? Je laisse en effet les herbes arrachées sécher sur place quelques jours, puis je les mets en tas à part du compost car elle mettent beaucoup plus longtemps à se décomposer que les épluchures, et sont pleines de graines et de racines de chiendent et d'ortie. L'endroit d'où je les enlève a fonctionné comme piège à limaces, je les ramasse par dizaines, autant de Ferramol économisé, je ne l'utilise qu'en dernier ressort.

Merci à lui, pourtant, d'avoir sauvé ce qui restait de ma plantation de laitues, et d'avoir stoppé net l'attaque sur mes plants de choux fleurs.

lundi 4 mai 2009

Jardinière et voyageuse? Pas facile!

Je tente, à marche forcée, de rattraper le temps perdu. Pour ceux qui n'ont pas suivi, je suis rentrée de Hanoi le 31 janvier. Date parfaite, pour les travaux de bêchage, février est un très bon mois. Il y a généralement une fenêtre anti-cyclonqique d'une quinzaine de jours, qui permet à la terre de se ressuyer assez pour être travaillée sans nuisances. Travailler, même à la grelinette, une terre mouillée est parfaitement déconseillé, elle bétonne. J'ai la chance d'avoir une terre qui "ressuie" vite, pas trop lourde, sous sol caillouteux, et un immense mur de béton (eh oui, c'est pas moi m'sieur!) orienté sud est qui réverbère bien la chaleur.

La reprise en mains de mon jardin, chouchouté en notre absence par mon fils et sa compagne, s'annonçait bien. Sauf que...

En guise de fenêtre anti-cyclonique, il a neigé trois fois en quinze jours. Neige en février vaut du fumier dit-on. Les herbes sauvages qui s'en sont ensuite donné à coeur joie ne me contrediront pas. Quand la terre a été enfin prête à travailler, début mars, je me suis lancée avec enthousiasme dans le grelinage. Las, trop d'enthousiasme, pas beaucoup d'exercice préalable, mauvaise position, que sais-je, dès le premier soir j'étais pliée en deux et pas de rire. Coup de trafalgar, coup au moral, coup de vieux...

Nous repartions pour Hanoi début avril pour trois semaines. Normalement, le plus gros aurait dû être fait, patates et oignons plantés, semis de tomates en place sur le bord (intérieur) de la fenêtre, terre préparée pour le gros des plantations qui craignent le froid, tomates, concombres, potirons, courgettes, haricots. Là, j'avais réussi à planter quelques oignons et échalotes, ainsi qu'une quantité dérisoire de patates, à peine 20 plants (heureusement, celles qui font le plus plaisir, les Belles de Fontenay chères à mon grand père). Nous les mangerons les soirs de flemme (c'est à dire presque tous les soirs dès fin juin), cuites vapeur avec du fromage blanc, à la savoyarde.

J'ai enfermé dans le noir les oignons, ails et échalotes restant, en les priant très fort de ne pas germer en notre absence et placé au frais les patates que j'avais commencé à faire germer, cent cinquante tout de même, leur demandant de bien vouloir m'attendre gentiment. On peut acheter directement en jardinerie les patates pré-germées, bien rangées à la verticale dans de petites cagettes, mais on peut aussi acheter en sac et faire soi-même la mise en place verticale pour pré-germage. Cette année, j'avais trouvé un truc marrant: les plaques à oeufs sont parfaites pour cet usage. Et j'ai demandé à mes fils de bien vouloir passer arroser les tomates.

Je pensais bien retrouver un désastre, les oignons inutilisables avec de longues tiges blanchâtres, les germes emmêlés et rachitiques des patates, les tomates grillées par le soleil et la soif. Eh ben non, tout était parfait, à peine si les germes de mes pommes de terre commençaient, mauvais présage, à former de petites boules à la base indiquant leur impatience. Par contre, le jardin entier était devenu une magnifique prairie, avec des herbes folles de 60 centimètres ou plus. Sauf quand même les deux rangées de Belles de Fontenay, parfaites, et les quatre rangées d'oignons, très honorables. Les fèves, plantées très tôt, avaient fini par germer, les quelques plants de fraisier plantés la veille de mon départ fleurissaient, les salades, miracle, étaient absolument intactes, à croire que les limaces avaient perdu la raison et le goût de vivre.

Ma fille, venue passer une semaine de vacances, a fait ses débuts à la grelinette, ça avait l'air de lui plaire. Et moi, ça m'a redonné courage pour prendre la suite. Quinze jours sont passés depuis notre retour. J'ai fini, très vite de planter oignons, ails, échalotes. Pour les pommes de terre, j'ai planté hier, bien tardivement, les deux dernières rangées. J'ai désherbé les fraisiers, les iris, la ciboulette, le céleri perpétuel, repiqué salades, choux et choux-fleurs achetés au marché. Les limaces sont en pleine possession de leur capacité de nuisance, elles devaient juste être mal réveillées en mars: ma seconde plantation de laitues ne leur a pas échappé. Tout rentre dans l'ordre, donc. Il me reste à peine un quart de la surface de mon jardin à greliner, et la terre est beaucoup moins dure que je ne craignais. Quant au mal de dos... disparu. Je suis même allée donner un coup de main à mon fils dans son nouveau jardin, qu'il doit conquérir de haute lutte sur une prairie. C'est beau, d'être jeune!

Vendredi 8 mai, je vais à la traditionnelle foire de Terre Vivante pour acheter ce qui me manque encore comme plants. Les variétés nouvelles ou anciennes remises au goût du jour par la mouvance bio, variétés sélectionnées sur leur goût et non pas sur leur apparence, leur productivité ou pire leur capacité à résister aux longs voyages et aux stockages excessifs, ne sont souvent disponibles que là. Quoiqu'on commence à trouver sur les marchés des plants de courgette "Ronde de Nice", de "Tomates des Andes" ou de "Noire de Crimée", ainsi que, de plus en plus souvent, des plants de "Potimarron". Je vais aussi acheter des plants de "Bette à carde rouge", si belles dans le jardin, très résistantes aux parasites, et tout à fait indiquées pour la "tarte sucrée", recette ancienne mais que je répugnais à faire en vert, alors qu'en rose elle a belle allure et davantage de succès.

Normalement, je sème tout ça en godet, mais cette année, à part pour les tomates, je fais la paresseuse.

jeudi 30 avril 2009

"Un complexe ferrique naturel", le Ferramol

C'est ce qui est écrit sur la boite d'anti-limaces que je viens d'acheter. avec plein de mentions secondaires plus ou moins grosses. La moins visible -j'ai eu du mal à la trouver, on dirait que c'est pas un bon argument de vente- "Utilisable en Agriculture Biologique". En très visible, claquant comme le nom lui même, la marque, célèbre pour faire pousser en une nuit le gazon, avec des moyens qui n'ont sûrement rien à voir avec l'agriculture biologique. Mais faut bien se mettre au goût du jour, même en trainant les pieds.

Les limaces et moi, c'est une longue histoire. Je n'avais pas ça dans mon ancien jardin, ou alors de manière épisodique. La première année, ce fut la stupeur: rien mais vraiment rien de ce que je pouvais repiquer ne tenait plus de trois jours. Faut dire que mon jardin, je l'avais fait labourer dans une ancienne prairie, bordée par un petit ruisseau. Et que, dans les premières années, entre ma paresse naturelle et mon amour des fleurs sauvages, je manquais de rigueur dans l'entretien. Je manque toujours de rigueur, mais quand même j'ai fait d'énormes progrès, merci les limaces.

J'ai commencé, benoîtement, par les ramasser pour les éloigner. Comme dans le conte du lièvre et du hérisson, je les retrouvais presque instantanément à la même place. Mes enfants rigolent encore d'une idée qui leur avait beaucoup plu: je leur donnais vingt centimes, puis dix centimes (de francs) par limace ramassée. Eux étaient euphoriques, moi consternée. Autant vider la mer à la petite cuillère.

J'ai bien sûr essayé le métaldéhyde. Mon grand père utilisait ça, des plaquettes blanches, genre bonbon vichy, d'alcool solidifié pour les réchauds, qu'il écrasait avec du son. Plus besoin de faire cette dangereuse cuisine, ça se vendait désormais en granulés bleu fluo, et c'était considéré comme compatible avec le jardinage bio. Seulement, avec ce truc, les victimes bavent interminablement en se traînant partout et mes limaces à moi étaient tellement nombreuses qu'elles ravageaient, en crevant, les semis que je voulais protéger. Beurk!!! De toute façon, c'est désormais incompatible avec le bio, trop de dégâts chez les auxiliaires naturels, crapauds, hérissons et aussi chez les animaux domestiques, malgré l'amertume rajoutée destinée à les éloigner de ce poison.

Les trucs classiques, genre bière en soucoupe, où elles sont censées se noyer, mais il m'aurait fallu un service 44 pièces, cendre répandue qui ne marche que par temps sec, oui mais s'est par temps humide qu'elle sortent, les limaces, aucun de ces moyens sympathiques n'était à la hauteur du fléau.

Mon beau père, assez sarcastique pourtant en ce qui concerne le bio, m'avait fait découvrir en 1980 une revue "Les quatre saisons du jardinage" qui venait de se créer. J'en étais une abonnée de la première heure. C'est là que j'ai découvert un petit bouquin qui est devenu mon livre de chevet. Et, à l'heure où on lit normalement les pensées de Pascal ou les mémoires de Montaigne, je potassais "Les limaces sous contrôle" édité par "Terre Vivante". J'y ai appris des tas de choses dont je n'avais pas la moindre idée, sur les moeurs des limaces, leurs cycles de vie, leurs goûts alimentaires, leurs lieux de repos, leurs heures de sortie.

D'abord, je me suis aperçue que mon jardin, conçu comme il l'était, était un concentré de tout ce qu'il faut éviter. Le ruisseau, enfoui dans les herbes folles. Les énormes touffes d'hémérocalles qui en bordaient toute la partie haute. Le désherbage très aléatoire. La technique de paillage que je pratiquais sur le conseil de ma chère revue mais qui se révélait tout à fait contre-indiquée. La proximité immédiate de la prairie. En résumé, j'avais en guise de jardin une véritable station d'élevage de gastéropodes. On pouvait y trouver de l'humidité par les plus fortes chaleurs, des irrégularités de terrain pour pondre et cacher ses oeufs, une base arrière en quelque sorte de toute beauté. Dont de véritables commandos sortaient en rangs serrés le matin, le soir, et chaque fois qu'il pleuvait un peu.

Au fil des années, j'ai tenté de remédier à tout ça: le ruisseau, rien à faire. Sauf le séparer du reste par une bande herbée régulièrement (?) tondue. Dans le bas du jardin, à la frontière de la prairie, bande herbée tondue également. J'ai diminué le nombre des touffes d'hémérocalles, mais je refuse de me séparer des jonquilles. Or, c'est dans leurs feuilles, après une lumineuse et abondante floraison que s'engraissent les petits limaçons destinés à devenir d'énormes limaces rouges. Que faire? Je les ramasse à la main par temps pluvieux. Quinze ou vingt par touffe de jonquille...

J'ai ainsi, plus ou moins, assuré les frontières. A l'intérieur de ces limites, je mène une lutte absolue: aucune limace ne doit y vivre, aucune ne doit y PONDRE. Les oeufs de limaces sont très mignons, de petites perles nacrées de quelques millimètres de diamètre, et les coquines savent les enfouir dans la moindre fissure pour les protéger durant l'hiver. Pas de fissure: ratisser, à l'automne, chaque plate-bande récoltée. Une habitude à prendre, comme celle de toujours travailler en remontant la terre à cause de la pente qui entraîne imperceptiblement tout mon jardin vers le bas. Mettre en bordure les cultures que les limaces aiment moins (pomme de terre, poireaux, oignons) et isoler au milieu d'un petit no-limace's-land les cultures sensibles (semis, salades et choux fraîchement repiqués).

Ce qui ne me dispense pas de visites matinales quotidiennes. Juste avant le lever du soleil, bien repues, elles retournent vers leurs abris: à moi de les intercepter. Parfois, cyniquement, je les leurre: un pti tas d'herbes coupées ou d'épluchures où elles iront se nicher sans méfiance et où je les débusquerai facilement. Les plants de bourrache ou de cardère que j'ai laissés ça et là remplissent le même rôle, je sais les y trouver blotties contre la racine. Parfois, je repère une feuille fraîchement dévorée: la coupable n'est pas loin. Je soulève une ou deux pierres, une motte de terre, la voilà tapie dessous.

Des années de lutte intégrée m'ont tout au plus permis de... ne pas désespérer complètement. Quelque jours d'absence ou de paresse, mes ennemies reprennent le dessus. Un îlot de verdure laissé en déco, les voilà qui s'y installent durablement. Des framboisiers mal désherbés? une aubaine. Bon, je sais maintenant que je ne gagnerai jamais. J'en ai pris mon parti. On doit, nous autres humains, partager la terre avec toutes les autres espèces. Pourquoi pas avec les limaces?

Quand même, j'espère que le Ferramol me permettra de garder quelques salades?

mercredi 29 avril 2009

Le bonheur en quelques secondes

Une ruelle étroite, sinueuse, encombrée, que détestent les taxis. Le nôtre nous a laissés à cent mètres du but, avec nos énormes sacs, heureusement pourvus de roulettes. Nous sommes dans la maison de Van, à Hanoi. Elle y vit avec sa grand mère, son frère, un cousin, une cousine. Plus nous, pour trois semaines. Elle nous a laissé sa chambre pour dormir avec sa cousine.

Un soir, fièrement, elle nous montre le régime de bananes cueilli sur le bananier qui pousse courageusement dans sa minuscule arrière cour. De petites bananes, moins de dix centimètres de long, et délicieuses. Le lendemain matin, au petit déj, bananes de nouveau.

Mais voilà que la grand mère ronchonne on ne sait trop quoi. Elle prend un couteau, et coupe les moignons déchirés hier sans précaution, autour desquels volètent quelques moucherons. On croit deviner, mais on vérifie:

"Elle est fâchée, Van, ta grand mère?

"Oui, elle aime pas que j'arrache les bananes, ça attire les moucherons, elle veut que je les coupe proprement."

"Mais moi je m'en fous, je fais n'importe quoi!" reprend-elle en riant. Et elle tourne les talons pour partir au boulot, après avoir ajouté quelques mots en vietnamien. Nous ne saurons pas ce qu'elle a dit. Mais la vieille dame austère, au sourire si rare, se met à se marrer franchement et lui donne dans le dos une grande bourrade.

Je réponds ainsi au tag de Fajua, déjà ancien. Quelques secondes, c'est pas rien. Surtout qu'on peut s'en souvenir plein de fois, ajoutant des secondes aux secondes. Mais j'ai pas trop envie de taguer quelqu'un d'autre. Si tu viens ici, si tu as envie de parler du bonheur, pourquoi t'en priver? Et fais le savoir autour de toi, c'est une de ces choses qui se multiplient quand on les partage. Ya plein de trucs comme ça, qui échappent complètement à une logique arithmétique.

mardi 28 avril 2009

Laissez chanter les salopards!

Je voulais pas en parler. D'ailleurs, j'avais promis à Fajua d'écrire sur le bonheur.

Tous les blogs féministes se sont acharnés sur ce pauvre garçon. Ont vilipendé ses chansons. Ont réclamé, parfois obtenu, sa déprogrammation. D'autres l'ont défendu. Ont crié à la censure. Ont parlé, fort bien, de la liberté de l'artiste. Se sont indignés de l'outrecuidance de ces hystériques féministes. On sait, depuis Freud qui a donné à cette maladie un nom incontestablement féminin, que seules les femmes peuvent être hystériques puisque seules les femmes ont un utérus. On sait aussi que le nom de maladies psychiques est tout désigné pour servir d'insulte, il n'est qu'à voir comme prolifère le mot "shizophrènes" pour désigner les hypocrites et les cyniques, et comme "autiste" est devenu synonyme de méprisant, genre "cause toujours, pauvre con".

Le monsieur lui-même, après il me semble un temps d'hésitation, est descendu dans l'arène, sans crainte d'être déchiré par les furies. Il y a plusieurs versions, légèrement différentes, de son point de vue.

Une d'entre elles est brute de décoffrage: Il s'étonne qu'on puisse être choqué par ses paroles: "Déjà quand on est entre potes, nous, on parle comme ça, alors ça nous choque pas."

Dans une autre, il tente d'expliquer le contexte et d'édulcorer: "Sale Pute, c’est l’histoire d’un gars qui tombe sur sa copine en train de le tromper, il est dégouté, il rentre chez lui, il boit, il ressasse ce qui s’est passé, il craque et lui envoie un message sur internet où il la menace." puis nous livre sa vision des relations hommes/femmes: "pour moi, quand tu es en situation de couple, tu es obligé de défendre tes couleurs et être un peu égoïste. Je suis peut-être un peu macho, c’est vrai ! Mais pas misogyne ! Oui, quand je sors avec une fille, je ne pense un peu qu’à ma gueule et je prends le plaisir là où il y en a…"

Finalement, on a droit à la version politiquement correcte, on entend presque le souffleur derrière, et on voit apparaître les mots "dénoncer" et "malheureusement" (ouf, il était temps!)

"Je comprends que ce morceau ait pu choquer certaines personnes et je m'en excuse. Il faut pour autant le remettre dans son contexte. Je ne cautionne pas ce que fait ce type dans la chanson, c'est juste une manière pour moi de le dénoncer, c'est fictif. Ce n'est pas un morceau autobiographique, mais plutôt un fait qui existe, malheureusement. Après je conçois que les paroles crues puissent déranger."

__

Ce qu'on a peu noté, c'est que ce type n'est qu'un porte parole, un instrument de mesure. Je ne souhaite pas qu'il soit censuré. Au contraire, il nous faut bien entendre et faire entendre ce qu'il dit, écrit, chante. Et bien réfléchir à ce que ça signifie, qu'un mec chante ça, certes, mais SURTOUT qu'il trouve un public pour l'écouter, l'apprécier, des gens pour dire que c'est de l'art, et d'autres pour dire que non, mais c'est pas grave.

Il faut nous souvenir (par exemple) que dans toutes les guerres (et les non guerres) pourries des siècles et des siècles, des soldats (et des non soldats) ont violé et éventré des femmes pour sortir des foetus de leurs ventres. Pas à l'opinel, là, on sent un peu le manque d'expérience et d'outillage. Mais ça continue, encore et encore. Et un mec en fait une chanson, rajoute sa "petite entreprise" perso à la grande, et conclut "Là, c'est que des paroles". Bien vu, mon pote!

On peut se souvenir aussi que parmi les motifs des meurtres de femmes, à côté de "La soupe était pas assez chaude" (véridique) il y a, en très bonne place "la salope était infidèle" ou "La garce voulait me quitter".

Merci à Orelsan de nous faire souvenir de tout ça, et du reste. Finalement, dans la mesure où un artiste est le reflet de son époque, Orelsan est bien un artiste.

Fajua, désolée, pour le bonheur, on dirait que je suis pas encore en condition aujourd'hui.

lundi 9 mars 2009

Cinq gus dans un garage

Moi, j'y connais rien, à internet en général et à la loi Hadopi en particulier. J'utilise mon blog un peu comme un traitement de texte, toutes ses potentialités me demeurent hermétiques, vous avez vu, je sais même pas y placer une photo. Un peu comme si j'avais un téléphone portable dont je me servirais QUE pour téléphoner. Tu fais pitié, la vieille.

Mais j'ai vu virer au noir, le noir du deuil, à moins que ce ne soit celui de la colère, plusieurs blogs amis. Du coup, je me renseigne un peu. Et récemment, le truc des "cinq gus dans un garage" m'a bien fait marrer.

Ca commence par un site de combat, qui s'appelle "La quadrature du net". Vous connaissez le terme "La quadrature du cercle" pour signifier quelque chose d'impossible à résoudre. Moi aussi, mais pas vraiment, j'en ai appris plus ce matin. Des mathématiciens ont essayé vainement, pendant trois millénaires semble-t-il, de construire géométriquement à partir d'un cercle, un carré qui aurait la même surface que ce cercle. Hé bé... ça existe pas. Par nature, ça peut pas exister. Mais il a fallu trois millénaires pour s'y résigner, puis le démontrer. Cette impossibilité a un rapport avec le fait que le nombre connu sous le nom de "Pi" soit 3,1416 et des poussières, possède un nombre infini de décimales. Un nombre infini de poussières, sur lequel de très grands mathématiciens se sont cassé les dents. Comme je suis pas sûre d'avoir bien compris ni bien expliqué, je vous renvoie à leur texte. L'idée des mecs de "la quadrature du net", c'est que ceux qui essaient de domestiquer le net vont faire pareil. Mission impossible. "Ils rament à contre-courant de l'histoire".

Le 8 mars, une première dépêche de l'Agence France Presse, relate une de leurs actions en ces termes: "Un collectif de citoyens, La Quadrature du Net, encourage les internautes à abreuver les députés de mails hostiles à cette loi". Vous noterez l'emploi du verbe "abreuver" qui est tout sauf neutre. Au cas où vous n'auriez pas compris que ce sont des belus, l'AFP enfonce le clou: "Ce sont cinq gus dans un garage qui font des mails à la chaîne, relativise le cabinet de madame Albanel".

Sauf que ça, c'est à 8h13. Une dizaine d'heures plus tard, les cinq gus et leur garage ont disparu de la dépêche, remplacés par une formulation moins spontanée et beaucoup moins affriolante: "Le Ministère de la Culture a riposté dimanche en lançant une campagne d'information auprès des parlementaires qui recevront tous les jours une lettre électronique défendant le texte avec des témoignages d'artistes et de professionnels".

Trop tard, internet est un média ultra chaud et qui a une mémoire d'éléphant. Les cinq gus dans leur garage sont devenus célèbres et font déjà des vagues bien loin de leur sommaire abri. Un site est créé pour immortaliser l'expression. PCInpact nous refait toute la chronologie, preuves à l'appui. L'Agence France Presse essaie de donner pour son rectificatif sournois une explication tirée par les cheveux. La photo du garage où Hewlet Packard a fait ses débuts circule sur les blogs. Je rajouterais volontiers que l'aviation aussi a commencé dans un garage avec quelques cinglés qui faisaient rire les gens sérieux. Quant à savoir si Hewlet Packard et l'aviation sont un grand pas pour l'humanité, je n'entamerai pas ici le débat.

Cet incident rigolo m'inspire d'autres réflexions. Nous sommes gouvernés, et c'est pas nouveau mais ça prend des proportions grandioses, par le mépris, le mensonge et l'ignorance. La bêtise aussi?

Le mépris: Pas seulement dans le texte initial, mais aussi dans le correctif: "campagne d'information", suivi de "lettre électronique" ça fait vachement plus sérieux que "mails à la chaîne" quoique... est ce fondamentalement différent? "témoignages d'artistes et de professionnels" ouais, ça en jette. Combien de gus ça fait, au juste, tout ça? Une secrétaire dans un bureau Louis XV?

Le mensonge: Passons sur le correctif emberlificoté, un enfant de cinq ans qui ne veut pas reconnaître avoir dit une grosse bêtise est plus subtil. Il est très facile, s'agissant de mails envoyés par internet, de savoir si les messages viennent d'un seul ordinateur, voire de quatre ou cinq, ou s'ils sont envoyés par des milliers de personnes, d'autant que la plupart d'entre eux signent très certainement leurs courriers. Le ministère SAIT que les mails qui indisposent les députés UMP ne proviennent pas seulement de quelques internautes, mais d'une multitude.

L'ignorance: A moins que dans le cabinet de la ministre, ils ne sachent même pas ça? En tous cas, en matière de grandes inventions, ils devraient savoir que les débuts précaires font immédiatement surgir des personnages célèbres et mythiques: Archimède dans sa baignoire, Bernard Palissy brûlant ses meubles, Newton sous son pommier, Latécoère dans son garage, et autres images d'Epinal font partie intégrante, aujourd'hui, de la culture populaire. On ne peut pas déconsidérer un créatif en prétendant qu'il travaille avec des bouts de ficelle.

La bêtise: Ils semblent avoir fort bien compris quelle menace le net représente pour eux, c'est pas par hasard qu'ils essaient de le museler. Mais manifestement ils n'ont pas encore tiré toutes les conséquences de ce savoir. Laisser passer sur internet une phrase aussi attractive, puis tenter de la retirer... dix heures plus tard... pas fufu. Leur piège à campagnols super efficace... ils se sont pris les doigts dedans. Ouille, ça fait mal!

PS: à propos de bêtise, ne m'en veuillez pas si vous en trouvez dans ce texte, je suis pas ministre, moi, j'ai pas de "cabinet" super professionnel. Mon ordi est dans un couloir, j'ai même pas de garage.

samedi 7 mars 2009

Elevez des pucerons

Curieux conseil de jardinage, les pucerons sont un des ennemis les plus féroces du jardinier (et de la jardinière). Pourtant, une des premières choses que je fais dans mon jardin au printemps, c'est de préparer un magnifique élevage de pucerons. Va comprendre!

La semaine dernière, j'ai semé des fèves. C'était la dernière semaine des vacances scolaires parisiennes, et je voulais le faire avec mon petit fils. Pour un jeune enfant, c'est parfait. Les graines de fève sont très grosses, faciles à manipuler pour de petites mains. Sur une bande de terre passée à la grelinette, j'ai creusé un sillon assez profond. Mettre les graines au fond d'un sillon permet de gagner quelques centimètres au moment du buttage, car il faut butter les fèves, c'est à dire former une petite butte à leur pied quand elles sont hautes d'une vingtaine de centimètres pour les empêcher de se coucher. Si elles sont grimpantes, il faudra aussi les ramer, mais j'ai choisi des fèves naines. J'ai donné à mon petit rossignol les conseils de base: prendre la fève entre le pouce et l'index, l'enfoncer légèrement au fond du sillon, environ deux fois et demi sa taille, placer la graine suivante à une dizaine de centimètres de la première. J'avais muni le jardinier en herbe, pour qui dix centimètres ne veulent pas dire grand chose, d'une petite brindille de la bonne longueur pour mesurer l'espacement. Terminer en tassant le fond du sillon avec le dos d'un râteau, pour que la terre enveloppe bien la graine.

Dans le jardin du petit jeune homme, nous avions également préparé un petit carré de terre pour y planter quelques fèves, selon la même méthode. Il avait tristement constaté que, de ses haricots de l'an dernier, ne restaient que des brindilles desséchées. "Ils sont morts? Pourquoi?" Il a fallu lui expliquer la différence entre plantes annuelles (je grandis, je fleuris, je fructifie et je meurs) et plante vivace (je me garde une racine à l'abri de la terre et je refais surface au printemps). Mais la ciboulette plantée l'an dernier n'était pas encore assez visible pour illustrer la seconde partie de la leçon.

Et les pucerons, me direz-vous? J'y viens. La fève est particulièrement attractive pour eux. Dès ses premiers bourgeons, elle se couvre d'une couche épaisse de pucerons noirs, bien charbonneux... et bien dodus. Quelques coccinelles ont résisté à l'hiver, votre jardin ne doit pas être trop bien nettoyé si vous voulez augmenter leurs chances de trouver un abri. C'est pour elles une aubaine merveilleuse, au moment où la nourriture est très rare, que ces tiges couvertes de succulentes volailles. Eh oui, ça vole les pucerons, paraît que ça vole même très haut, ça se laisse porter par les courants d'air, et quand ça repère, de là-haut, une jolie rangée de fèves toute neuves, ça se laisse tomber, et ça prolifère très vite. Devant une telle abondance de nourriture, non seulement les coccinelles s'empiffrent, mais elles pondent à qui mieux mieux, sachant assuré l'avenir de leur progéniture. En quelques générations, voilà que votre élevage de pucerons est devenu un élevage de coccinelles. Et des coccinelles locales, pas de ces américaines qui causent aujourd'hui quelques désordres pour avoir été importées et répandues sans précautions dans nos jardins. Toute la saison, vous retrouverez ces courageuses bestioles et leurs larves, encore plus voraces qu'elles, partout où les appellera leur gourmandise, protégeant vos autres plantations.

Quant aux fèves, hein, faut choisir. Si on préserve les pucerons, la récolte sera maigre. Tant pis. Les quelques rescapées, je les épluche grain à grain, j'en remplis un petit bol. Une cuillerée d'huile d'olive, une pincée de sel, c'est un régal à l'apéritif.

vendredi 6 mars 2009

Allaiter? Si je veux!

Quand ma fille aînée a eu deux mois, la pédiatre m'a dit: "Bon, c'est le moment de sevrer. Vous allez lui donner un biberon ce soir, deux demain, puis trois. A la fin de la semaine, ce sera fini." C'était en 1972, ça n'a pas fait un pli. Un, deux, trois, hop là! Pour la seconde, 1976, je n'ai même pas attendu la consigne de la pédiatre. Un, deux, trois... et pas hop là, elle était pas d'accord, la môme. Elle a fait la grève. Hurlé (au point que nous l'avons crue malade) quand on lui mettait dans la bouche cette étrange chose en caoutchouc. Puis dormi. Dormi. Diminué ses prises alimentaires, perdu du poids. Examens divers, prises de sang. Radios. Suspicions de ci ou de ça. Inquiétudes terribles, tous ceux qui ont un bébé de quelques mois imagineront facilement notre détresse. Puis la croissance a repris normalement. Tout est rentré dans l'ordre.

Je n'ai pas fait alors le rapport entre cet épisode inexpliqué et... un sevrage mal accepté, tout simplement.

Plus tard, je me suis dit: nos mères et nos grand mères allaitaient un an, deux ans, pourquoi nous on en serait plus capables? Pourquoi on aurait "plus de lait" ou alors du lait "pas assez nourrissant"? Parce que c'est l'explication qu'on nous donnait à l'époque pour nous convaincre de cesser d'allaiter, voire de ne pas commencer. L'inquiétude, la résignation anticipée. "Si j'ai assez de lait, j'aimerais bien allaiter". "Je me demande si mon lait est assez nourrissant". Pour ma seconde fille, j'avais commencé le sevrage croyant ne plus avoir de lait. Parce que, la phase aigüe où on sent la montée laiteuse, où elle peut faire mal, où on a les seins qui dégoulinent fort inopportunément parfois, cette phase était finie. Je ne "sentais" plus rien, car la lactation à la demande s'était installée. Mais j'ignorais ça, J'ignorais aussi que, même après avoir interrompu quelques jours, j'aurais pu reprendre l'allaitement devant les troubles alimentaires de ma fille.

Pendant la grossesse suivante, j'ai cherché des infos. J'ai découvert le livre de Marie Thirion, devenu par la suite un grand classique. J'ai potassé, j'ai "bachoté". J'ai choisi une maternité où l'allaitement était encouragé, où le personnel était formé, il n'y en avait pas tellement à l'époque. Décider d'allaiter, puis de continuer, de dépasser les huit jours réglementaires, d'outrepasser les deux mois (quelle audace) était une bizarrerie, à la limite une transgression. On se faisait abreuver d'histoires de mères fusionnelles qui gardaient le malheureux nourrisson suspendu à leurs mamelles contre son gré, ou de malheureuses qui se faisaient manipuler par des bébés tyranniques et ne parvenaient plus à s'en dépêtrer. Tant il est vrai que les poncifs concernant la mère la font toujours soit abusive, soit abusée... voire les deux, soyons pas chiches.

Au lieu de ça, j'ai découvert le plaisir de passer du temps dans la chaleur de mon bébé, même le chat profitait de l'ambiance en venant se nicher contre moi. Et un chat, ça s'y connaît en bien-être! j'ai découvert aussi une liberté insoupçonnée. Plus de biberons à laver, voire à stériliser (on faisait ça à l'époque). Plus de (coûteuses) boites de lait à acheter, plus de ruptures de stock le week-end. Plus de bagages compliqués à faire quand on se déplace, avec l'inquiétude d'oublier toujours quelque chose, de pas savoir où brancher le chauffe-bib, de pas trouver le même lait dans la pharmacie locale. On transporte sur soi tout ce dont on a besoin. Boire régulièrement, ne pas trop se fatiguer, mettre l'enfant au sein plus souvent si la lactation baisse un peu, et basta.

J'ai découvert aussi les tabous. C'était l'époque des seins nus sur les plages, et pourtant, quand j'allaitais mon fils, on me regardait avec une surprise vaguement dégoûtée. Le sein érotique, oui, le sein nourricier, non. A mesure qu'il grandissait (je ne l'ai pourtant allaité que neuf mois) s'y mêlait quelque chose de pas très sain, une quasi suspicion d'inceste. Même l'admiration "Tu l'allaites encore, c'est merveilleux!" finissait par me mettre mal à l'aise. Pour le quatrième, c'est à 20 mois que je l'ai sevré complètement, j'avais appris à résister à ces pressions subliminales. Il a toujours refusé le bib, préférant manger à la cuillère, et ne l'a découvert que plus tard, lors d'une très passagère crise de jalousie envers un petit cousin.

Quand mes deux filles sont devenues mères, la question ne s'est pas posée. Elles avaient décidé d'allaiter, elles allaitent, point barre. Je les sens beaucoup plus libres que moi de la pression sociale qui persiste pourtant. Mieux informées (merci internet), plus détendues. L'aînée a eu un pti coup de blues au début, parce que les premières mises au sein étaient très douloureuses, ce qui arrive parfois, et que la montée laiteuse, ben euh, c'est pas toujours très sympa. Elle s'est demandé si elle allait tenir, elle s'est posé la question d'arrêter. J'ai au moins pu la rassurer, ça n'allait pas durer, elle n'aurait pas mal en permanence, les seins allaient devenir moins sensibles, la montée laiteuse allait se réguler. Mais bien sûr, c'était à elle de choisir.

Et voilà que, sur Rue89, Renée Greusard se demande si "Allaiter, c'est féministe ou pas?". En voilà une question qu'elle est bonne!

Réfléchissons... Je ne me suis pas sentie spécialement féministe en allaitant, je me suis plutôt sentie femme, et femme sereine. Là où je me suis sentie féministe, c'est lorsque je rencontrais des obstacles ou des désapprobations. Parce que ces obstacles révélaient une grande méfiance envers les femmes, envers leurs corps, envers leur liberté. Les lieux communs oscillaient, comme toujours quand il s'agit de femmes, entre le soupçon d'incapacité, d'incompétence et la crainte de la toute puissance.

En tant que femme, en tant que mère et grand mère, en tant que citoyenne soucieuse du bien-être des jeunes enfants, en tant qu'ex professionnelle de la petite enfance, je suis totalement favorable à l'allaitement maternel. Je souhaite que, pour le favoriser, on cesse les pressions inadéquates (y compris les pression en faveur de l'allaitement), les insinuations démoralisantes. Je voudrais des professionnel(le)s mieux formé(e)s, depuis les médecins jusqu'aux auxiliaires de puéricultures. C'est pas complètement au point, ma fille s'est entendu, pas plus tard que la semaine dernière, ressortir le truc éculé du lait "pas assez nourrissant", alors que sa fille est pourtant dans une crèche qui a mis en place une organisation très au point pour que le bébé puisse continuer à bénéficier du lait de sa mère (une excellente initiative).

En tant que féministe, j'ai juste envie de dire "Foutez-nous la paix". Mais sur la base d'une information correcte et complète. Quelle liberté pouvons-nous espérer si l'information que nous avons est incomplète, voire erronée? Si de surcroît cette information est biaisée, volontairement, par ceux qui pourraient y avoir intérêt?

Les maternités reçoivent en effet un généreux pécule des laboratoires fabriquant le lait maternisé pour nouveaux-nés. Cette tradition, bien entendu destinée, au départ, à favoriser l'allaitement artificiel, a été peu à peu moralisée. Elle ne doit pas permettre de faire pression, des règles compliquées et paradoxales ont été édictées pour cela, un peu comme si on laissait un loup dans une bergerie en lui mettant une muselière. Serait pas content, le loup, essaierait de se débarrasser de la chose. Donc, ces labos suivent d'assez près les statistiques de l'allaitement maternel dans les maternités bénéficiaires de leurs largesses (dés)intéressées, et n'aiment pas trop voir ce chiffre monter. Je suis peut-être parano, mais je ne peux pas m'empêcher de voir, dans ces doutes que j'entends exprimer sur une "ambiance pro-allaitement" qui énerverait certaines féministes, un retour sournois de la liberté de commerce malmenée. En effet, une boite de lait maternisé de 900 grammes coûte 20 euros et dure environ une semaine. Si vous allaitez six mois (26 semaines) un bébé avec votre lait gratuit vous nuisez gravement à la liberté de commerce. 520 euros, c'est pas rien. Comment voulez-vous que la croissance reprenne?

Revenons à l'allaitement maternel: "Dans les faits, ça prend cinq heures par jour et ça fait mal" dit une de ces féministes, citée par Renée Greusard, tout en se disant favorable à l'allaitement maternel. Or, si ça peut faire mal à la mise en route pendant quelques jours, à cause de la sensibilité des seins et de la montée laiteuse pas encore régulée, ça ne fait bien évidemment pas mal tout le temps. Au moment où l'enfant saisit le mamelon de façon pas encore expérimentée, s'il coince le bout du sein entre ses (puissantes) gencives au lieu de le mettre en bouche, ça fait très mal, effectivement, pendant une fraction de seconde. Et une montée laiteuse, ça fait mal aussi, mais ça se surveille, ça se soulage, on peut aider à la réguler par quelques conseils simples. D'où la nécessité signalée plus haut de la bonne formation des professionnel(le)s. Quant à "prendre" cinq heures par jour, je vous laisse juges de l'utilisation du verbe "prendre". Et aussi, de décider si vous préférez donner du temps à votre enfant voire passer avec lui un moment agréable ou préparer des bibs, cette préparation incluant l'achat du lait et de l'eau minérale, les mesurettes qu'on sait jamais si on s'est pas trompé dans le compte, le nettoyage des bibs qu'il reste toujours des traces dans le fond ou dans le pas de vis, et tout le bazar. Pas sûr que les plus féministes d'entre nous arrivent à refiler à leur mec l'essentiel de ces corvées.

Mais je dois rendre justice à Renée Greusard, elle parle beaucoup plus des pressions anti-allaitement qui s'obstinent que de l'ambiance pro-allaitement qui menacerait notre liberté de choix. Et la conclusion, c'est que bien sûr, une femme allaite avec son corps tout entier. Et que son corps lui appartient, il faut (hélas) le rappeler à ceux qui voudraient en faire un instrument au service de leurs idéologies rétrogrades.

J'avais bien aimé deux petits dessins d'Annette Tison, celle des Barbapapas, où une nana répondait aux influenceurs pro-allaitement "M'en fous, j'ai pas envie", tandis que l'autre rétorquait aux anti-allaitement "M'en fous, j'ai envie".

jeudi 26 février 2009

M'en fous, suis pas guadeloupéen!

Mon ami Petaramesh m'a autorisé à voler chez lui une version modernisée de la célèbre poésie du pasteur Niemöller, écrite à Dachau en 1942 (il savait de quoi il parlait):

Quand ils sont venus chercher les sans-papiers,
je n'ai rien dit, j'avais mes papiers.
Quand ils sont venus chercher les chômeurs et les RMIstes,
je n'ai rien dit, j'avais mon C.D.I.
Quand ils sont venus chercher les reubeus du 9-3,
je n'ai rien dit, j'étais français de souche et pas dans le 9-3.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit, j'étais à la CFDT.
Quand ils sont venus chercher les gauchistes,
je n'ai rien dit, j'étais au Parti Socialiste...
Quand ils sont venus chercher les énarques et les polytechniciens,
j'ai écrit un article dans Le Monde.
Et quand ils sont venus chercher les journalistes,
personne ne lisait plus la presse depuis longtemps.

Récemment, "ils" sont venus chercher un jeune guadeloupéen:

Dans la nuit de mercredi 18 à jeudi 19 février, Jacques Bino, syndicaliste guadeloupéen, est tué par balle. Circonstances pas encore très claires. Pourtant, dès le lendemain, la police investit la cité Henri IV, grimpe dans un des immeubles HLM, fait sauter la porte de l'appartement où Patrice Prixain, 21 ans, étudiant en droit, vit avec sa grand mère, le tire du lit où il dormait après avoir quelque peu bousculé la grand mère. Ils emmènent le jeune homme qui a été, lui, plus que bousculé. Puis ils reviennent dévaster l'appartement à la recherche de l'arme du crime, que bien sûr ils ne trouveront pas. Heureusement pour lui, ils embarquent, faute de mieux, le disque dur de son ordi. Car c'est ce qui va le sauver d'une accusation de meurtre. Au moment où a été tiré le coup de feu, Patrice était en train de tchatter avec des copains, le disque dur en fait foi.

Patrice a donc été libéré, après une garde à vue "correcte", dit-il. L'oeil tuméfié que vous lui voyez sur la photo, c'est avant, quand il a été réveillé par ses visiteurs matinaux.

De quel chapeau son nom a-t-il été tiré? Le système italien des "repentis", ("donne-nous un nom et on efface ton ardoise") a-t-il été mis à contribution? Celui de la délation spontanée, récemment promue délation citoyenne, est-il en cause? Et quel est ce pays où on peut pourrir la vie d'un citoyen innocent, sur simple et calomnieuse dénonciation, pendant 24 heures, une semaine, un an? Sans que cela émeuve des gens qui se disent "journalistes".

Et qui préfèrent nous parler du drame du tourisme à la Guadeloupe.

mercredi 11 février 2009

J'ai raté mon bloguiversaire!

Un jour que je cherchais les paroles de la chanson de Prévert sur la pêche à la baleine (Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête qui ne m'a rien fait?), j'ai « échoué », sur la grève, chez Anita. Depuis, j'y passe assez régulièrement, laissant parfois un « pti bois flotté » dans ses eaux.

Elle est pas douée pour les anniversaires, moi non plus. Mais elle a pas laissé passer le sien (celui de son blog), moi si. Elle, ça fait trois ans, c'est une vieille. Moi, c'est un an seulement. C'était le 13 janvier.

J'étais en partance pour Hanoi, je viens de rentrer au pays. J'ai dû, pendant un an, mais avec heureusement une bonne coupure cet été, ne cultiver mon jardin que métaphoriquement. Entre juin et septembre, j'ai été active comme jamais, désherbant des montagnes d'herbes sauvages (pas de mauvaises herbes, hé!) grelinant ce qui était ainsi libéré, semant des navets (jaune d'or, c'est comme ça que je les aime), des haricots que nous avons savourés, repiquant des dizaines de poireaux... qui ont fait la joie des campagnols (Mais keskifoot, mes chats?).

Je reviens pour retrouver mon jardin gorgé d'eau, d'abord, sous la neige ensuite, Les premières perce-neige ont fleuri, les jonquilles se préparent sous un tapis de feuilles mortes. L'églantier s'est allongé sur le sol, signe que je l'ai trop laissé grandir, j'ai coupé tout ça, mettant en tas à part et avec précaution ces branches cruellement offensives. J'ai ramassé quelque navets et un chou rouge. Je suis toujours émerveillée de la rusticité de ces choux rouges, qui gardent leur forme et leur couleur par tous les temps et sont insensibles aux attaques des prédateurs. Tout le jardin, sinon, est couvert de ces petites herbes rampantes, véronique ou mouron blanc, qui protègent la terre en attendant le printemps. Avec les quelques herbes plus préoccupantes, celles qui envahissent et prennent trop de place, il y aura une négociation serrée. Pas question de les é-li-mi-ner, mais elles doivent se comporter en amies, pas en colonisatrices. Rester à leur place, celle que je leur assigne.

J'ai, pour la première fois, mis de l'ordre dans mes graines. Malgré ma fâcheuse tendance à tout garder, pas de pitié pour les périmées: versées en vrac dans un pot, je les sèmerai dans un carré réservé, ce sera rigolo, je vous raconterai. Puis, j'ai pris le catalogue du Biau Germe. Les graines qui me restent, je les coche sur le catalogue, et j'écris à côté leur date de péremption. Celles dont j'ai besoin, je coche leur prix en fluo. Puis je rédige ma commande (presque) sans me tromper. Je crois que je me suis un peu emballée, j'en ai pour plus de 90 euros... Mais bon, j'avais pas fait de commande l'an dernier, ayant conseillé à mon fils, jardinier débutant, de se contenter d'acheter des plants, le 8 mai, à la foire aux plants de Terre Vivante.

Il voulait quand même semer des carottes, mais les conseils que je lui ai donnés, abusivement détaillés, l'ont découragé. Il n'a pas récolté de carottes, donc, mais de très belles tomates, des pommes de terre, des potirons dont quelques-uns ensoleillent encore la maison. Plus le virus du jardinage. Du coup, au lieu de retourner en ville dans un appart minable, lui et sa copine ont fait le choix d'une toute petite maison, pas trop chère, pas trop loin (de la ville, il faut bien bosser) avec un grand terrain. Naissance d'une vocation, de deux plutôt.

J'aime bien la neige, c'est beau, et c'est utile pour le jardin, "Neige en février vaut du fumier". Pourtant, je vais lui donner ses huit jours. Je l'ai priée de fondre, elle a commencé, laissant au sol l'azote qu'elle contient, et puis... je guette le beau temps. Un beau temps un peu durable, le sol doit d'abord se ressuyer, impossible de travailler un sol mouillé, il ne faut même pas marcher dessus de peur d'en faire du béton. Je peux commencer, à l'intérieur, mes semis de tomates, mais il me faudrait du terreau un peu sec. Je vais quand même pas l'acheter, alors que mon bac à compost est plein de belle terre noire. Alors, que faire?

Attendre.

Jardiner, c'est découvrir un autre rapport au temps.

mardi 13 janvier 2009

Fermez les yeux, vous aurez moins peur

Le réseau "Sortir du nucléaire" nous livre une information qui fait un peu froid dans le dos. Non seulement nos centrales nucléaires fuient, non seulement des incidents potentiellement graves s'y produisent, non seulement la vérité nous est cachée ou édulcorée, mais l'industrie nucléaire n'a désormais plus elle-même les moyens de savoir ce qui se passe sur ses sites. Les laboratoires de toutes les centrales nucléaires EDF ont perdu leurs agréments. Les mesures de rejets radioactifs dans l'environnement ne sont donc pas fiables, et ce, probablement, depuis un certain temps.

Dans le même temps, TV5 Monde m'apprend que Georges Bush a récemment refusé au gouvernement israëlien les moyens de bombarder en profondeur les sites iraniens soupçonnés de nucléaire militaire, et que l'Iran présente comme du nucléaire civil. Sauf que, sous un bombardement, la différence civil/militaire doit s'estomper terriblement.

Mon plus jeune fils est né en 1986. J'étais enceinte de deux mois quand Tchernobyl a explosé. J'ai bu le lait des vaches qui broutaient la prairie, j'ai parfumé au thym tous mes ragoûts, me suis nourrie de champignons sauvages, pour apprendre tardivement que le nuage radioactif, malgré le refus de visa qui lui avait été opposé, avait franchi clandestinement la frontière et inondé généreusement tout le sud est de la France . Voilà un enfant à qui on a régulièrement tâté les ganglions, son père et moi, sans trop oser dire pourquoi on s'angoissait à chaque rhume, jusqu'à ce qu'un toubib nous redonne un peu de légèreté, on peut pas vivre et faire vivre son enfant comme ça.

Près de chez nous, il y a Creys Malville, ce réacteur expérimental qui n'a jamais produit un seul KW, mais qui reste à démanteler sur des années encore. Un peu plus loin, il y a Pierrelatte, qui relâche dans les eaux souterraines ses déjections et où un grave incident menaçait (menace?) de se produire.

Comme je ne suis pas une adepte du NIMBY (nucléaire, oui, mais chez les autres) je cherche à réduire ma consommation d'électricité, pas facile, on a pris pendant les années fastes de très mauvaises habitudes. Résistons colibri, ya pas de petit progrès. Même si ça fait parfois râler de penser à éteindre sa lampe de chevet avant de sortir dans une rue illuminée comme en plein jour par des milliers de publicités agressives, voire par des guirlandes de Noël que la commune paie avec NOS impôts.

lundi 12 janvier 2009

Parler de Gaza?

"Normalement quand il y a la guerre dans un pays, les gens fuient. A Gaza, personne ne fuit. Gaza est quand même la zone avec la plus forte densité de population au monde et ils ne peuvent aller nulle part."

Cette phrase retrouvée au milieu de tant d'autres sur le site de Médecins Sans Frontières, pourquoi me touche-t-elle plus que d'autres, tellement plus tragiques? Je suis née fin 1944 à Grenoble. La guerre n'était pas finie, mais la ville était libérée depuis peu. Les bombardements, je ne les ai connus que dans le ventre de ma mère. Pourtant, toute mon enfance, j'ai eu la hantise des avions, surtout la nuit, des sirènes, même anodines. Cette phobie touchait même certains bruits de moteurs. Plus tard, quand il a été dit que non seulement le bébé est une personne, mais que le foetus a des oreilles et communique émotionnellement avec celle qui le porte, j'ai compris que ma panique était celle de ma mère courant vers l'abri anti-aérien du quartier.

Pas d'abri anti-aérien pour les enfants de Gaza. Pas de panique? Certains dansent dans la rue, comme Gavroche sur sa barricade. "C'est la faute à....". Des enfants tellement terrorisés (même pas peur!) que la mort les fait rire. Des hommes de Gaza courent avec un enfant blessé dans les bras. Des femmes de Gaza se demandent pourquoi elles ont fait des enfants puisqu'elles ne peuvent pas les protéger. Nulle part où fuir.

De moins en moins d'eau, d'électricité, de nourriture, de médicaments, de médecins. Et ça continue, encore et encore. Une trève, quelques heures. Et ça recommence. Encore moins de tout.

Gaza est un ghetto, Gaza attend sa solution finale.

Et nous, on attend quoi?

Depuis longtemps, je voulais parler de Gaza. Les mots, j'arrivais pas à les trouver. Juste des images, des souvenirs. Un monument aux morts, en Kabylie, quatre-vingt noms au milieu de rien. Mais où avait-on trouvé tant de gens à tuer? Des images de ruines. Avec des gens qui errent au milieu. Les ruines de Dresde. Des images de ghetto. Celui de Varsovie. Des colonnes de réfugiés, sur les routes, celles du film "Jeux interdits". Des tableaux aussi, Guernica, les Massacres de Chio, le Radeau de la Méduse. D'autres tableaux, ceux de Jérôme Bosch.

Puis une question: combien faut-il de morts pour qu'un peuple se rende? Pour qu'il capitule, se soumette? Et si le désespoir le plus noir, quand on a plus rien à perdre pas même ses enfants, ne conduisait pas à la soumission mais à l'intransigeance la plus extrême? Gaza ne peut plus rien pour Gaza.

Ceux qui sont dehors, seulement, peuvent quelque chose.

mercredi 31 décembre 2008

Récupérer du crottin ... avec Fred Vargas

"Récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante"

Dans le champ qui est sous ma maison, celle de France bien sûr, un voisin met régulièrement ses chevaux. Et lorsqu'il les enlève, je vais chaque automne ramasser une brouette de crottin. Pas trop tôt car il faut que le crottin soit un peu sec, mais assez vite quand même car au bout de quelques jours le voisin passe la herse, pour éviter que chaque tas de crottin ne se transforme en touffe d'ortie.

Cet été, c'est avec mon petit fils, cinq ans aux dernières cerises, que je l'ai fait. Chausser des bottes, mettre des gants. Avec mon petit rossignol (j'avais dit roitelet, mais rossignol c'est bien aussi), on se partage une paire, main gauche pour moi, j'aime bien garder la sensibilité et la mobilité de la droite, main droite pour lui. Et nous voilà parti(e)s avec la brouette. Je suis un peu confuse de n'avoir pas une brouette assortie à l'atmosphère champêtre et désuète, genre "batifoler dans une prairie". Ma brouette est tout bêtement métallique, et même avec un pneu gonflable... dégonflé, bien sûr, en plus de pas être champêtre, j'entretiens mal mes outils.

Les chevaux sont partis depuis trois jours, il a fait un beau soleil, le crottin est à point. Nous cherchons la meilleure pente, passons sous le barbelé, et nous voilà à pied d'oeuvre. Le petit rossignol est d'abord un peu perplexe. Faut-il vraiment faire quelque chose d'aussi peu classique? Est-ce que j'ai le droit d'abord? J'imagine bien que sur les trottoirs parisiens, ses parents le dissuadent de prendre à pleines mains les crottes de chien, même avec des gants. Je songe pourtant à lui trouver une kyrielle de petits drapeaux tricolores pour les orner (message codé, allez voir ici pour comprendre). Donc, il me regarde faire, perplexe je l'ai dit, et légèrement dégoûté. Puis un petit éclair malicieux dans les yeux. Puis il rigole franchement. Enfin, il met la main à la pâte, avec précaution, avec délectation, avec ardeur.

Il saute d'un tas à l'autre, encore un ici, et un là, la brouette se remplit, la brouette est pleine, mais lui n'est pas encore rassasié. J'ai toutes les peines du monde à le convaincre de remonter à la maison, où nous viderons la brouette sur le tas de compost, pour améliorer son ordinaire d'épluchures et d'herbes folles (non grainées, attention) et avoir, au printemps prochain, de quoi fertiliser mon beau jardin, car il sera beau je vous le promets, sans concéder un centime d'euro à ceux qui empoisonnent notre terre.

Le petit roitelet est euphorique. Et là, je remercie chaleureusement Fred Vargas, car la découverte de son magnifique texte sur internet m'a fait remonter au coeur une bouffée de tendresse avec ce souvenir. Et oui, je le confirme, récupérer du crottin est une activité foncièrement satisfaisante. Vous le savez, j'ai tendance à saisir les graves problèmes de l'humanité avec les pincettes de l'anecdote et du futile, c'est ma petite résistance-colibri.

Mais je m'en voudrais, en terminant ma ptite bafouille, de ne pas vous donner accès au texte complet de Fred Vargas, qui mérite une très large diffusion par sa qualité littéraire, son contenu humain, et surtout par sa ferveur. Le voici donc:

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés). S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y. Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas Archéologue et écrivain

Beuh, je suis un peu déçue, mon ordi a "aplati" la mise en page du texte, gommant du même coup une partie de sa force poétique. Alors, je vous rajoute un lien, pour vous permettre de lire le texte "entier", avec en prime une photo de Fred Vargas.

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